{"id":1080,"date":"2025-03-08T11:28:26","date_gmt":"2025-03-08T10:28:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=1080"},"modified":"2025-03-08T11:28:26","modified_gmt":"2025-03-08T10:28:26","slug":"la-haine-dans-le-couple-ni-avec-toi-ni-sans-toi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=1080","title":{"rendered":"La haine dans le couple\u00a0: ni avec toi, ni sans toi"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><u>\u00ab&nbsp;Ni avec toi ni sans toi mes maux n\u2019ont de rem\u00e8de&nbsp;: avec toi parce que tu me tues, sans toi parce que je meurs.&nbsp;\u00bb<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dicton populaire espagnol.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous introduirons cet article par ce dicton populaire espagnol dans lequel le d\u00e9sespoir du protagoniste, qui ne trouve pas d\u2019issue \u00e0 sa relation amoureuse, est d\u00e9crit de fa\u00e7on concise et frappante. S\u2019exprimant \u00e0 la premi\u00e8re personne, le sujet sent que, s\u2019il reste avec son objet d\u2019amour, la situation finira par le d\u00e9truire et que, s\u2019il choisit de s\u2019en s\u00e9parer, il ne pourra pas survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les couples qui viennent nous demander de l\u2019aide nous exposent souvent des situations qui nous rappellent ce dicton. Ni avec toi, ni sans toi. Impossible de partir, impossible de vivre ensemble. Comment interpr\u00e9ter cette esp\u00e8ce de paralysie relationnelle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019occasion des congr\u00e8s de l\u2019Association internationale de psychanalyse du couple et de la famille, \u00e0 Barcelone (2008) et \u00e0 Buenos Aires (2010), nous avons indiqu\u00e9 que, dans notre <em>Unit\u00e9 \u00ab&nbsp;Couple et Famille&nbsp;\u00bb<\/em> de la <em>Fondation Vidal i Barraquer<\/em>, nous travaillons sur le mod\u00e8le anglo-saxon des relations d\u2019objet appliqu\u00e9 au couple \u00e0 partir des id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par Henry V. Dicks au Tavistock Marital Studies Institute (aujourd\u2019hui devenu le Tavistock Centre for Couple Relationships).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des principales contributions d\u2019Henry V. Dicks a \u00e9t\u00e9 d\u2019introduire le concept de <em>collusion<\/em> dans le domaine de la pathologie conjugale. Par collusion, on entend l\u2019accord inconscient qui organise une relation compl\u00e9mentaire dans laquelle chaque sujet d\u00e9veloppe des parties de soi dont l\u2019autre a besoin et renonce \u00e0 des parties qu\u2019il projette sur son conjoint (Dicks 1967&nbsp;; Willi 1978&nbsp;; P\u00e9rez Testor, 2006). Ce m\u00e9canisme est fond\u00e9 sur l\u2019observation directe de l\u2019interaction dynamique entre les membres d\u2019un couple.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie de la collusion nous permet d\u2019approcher au plus pr\u00e8s les difficult\u00e9s du couple et de comprendre la complexit\u00e9 des conflits concernant les liens et la sp\u00e9cificit\u00e9 de leurs expressions. La c\u00e9l\u00e8bre phrase de L\u00e9on Tolsto\u00ef&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l\u2019est \u00e0 sa fa\u00e7on&nbsp;\u00bb nous met en garde contre la difficult\u00e9 de g\u00e9n\u00e9raliser les situations pathologiques observ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous visons \u00e0 diff\u00e9rencier certains groupes diagnostiques qui apparaissent dans la pratique clinique, en prenant pour base la symptomatologie des conjoints ainsi que les m\u00e9canismes psychodynamiques qui s\u2019expriment dans les traits psychopathologiques d\u00e9fensifs et dans la structure de la personnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La haine dans le couple<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si, dans la rue, on demandait \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019associer librement \u00e0 partir du concept \u00ab&nbsp;couple&nbsp;\u00bb, la premi\u00e8re chose qui lui viendrait \u00e0 l\u2019esprit serait sans doute le mot \u00ab&nbsp;amour&nbsp;\u00bb. Mais si l\u2019on posait cette question \u00e0 un th\u00e9rapeute de couple, le mot \u00ab&nbsp;haine&nbsp;\u00bb ne viendrait s\u00fbrement pas tr\u00e8s loin derri\u00e8re celui d\u2019amour. Dans notre pratique clinique, nous voyons tous les jours les visages de la haine se d\u00e9velopper dans les relations conjugales. L\u2019amour et la haine se m\u00e9langent et interagissent dans la vie du couple (Kernberg, 1995). Bien souvent le n\u00e9gatif et le positif se rejoignent. Comme l\u2019\u00e9crivait H. V.&nbsp;Dicks&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le contraire de l\u2019amour n\u2019est pas la haine, le contraire de l\u2019amour, c\u2019est l\u2019indiff\u00e9rence&nbsp;\u00bb (Dicks, 1967).<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Georges Lemaire d\u00e9crit cela avec beaucoup de pr\u00e9cision&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019ambivalence qui d\u00e9finit tout lien affectif s\u2019inscrit naturellement dans la relation amoureuse, m\u00eame si elle est rejet\u00e9e ou d\u00e9ni\u00e9e dans ses premiers temps [\u2026]. Le&nbsp;compagnon est longtemps prot\u00e9g\u00e9 contre le retour de cette ambivalence et l\u2019aspect agressif, frustrant ou pers\u00e9cuteur est d\u2019abord attribu\u00e9 \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs&nbsp;: une scission dichotomique tend \u00e0 adjuger cette disposition hostile \u00e0 des tiers ou \u00e0 des rivaux, dont le compagnon semble d\u00e9pendre ou avoir d\u00e9pendu&nbsp;: son milieu, sa famille, les mauvaises influences, les mauvaises conditions biologiques ou sociologiques (travail, fatigue,&nbsp;etc.) dont il a \u00e9t\u00e9 ou est la victime oblig\u00e9e. Mais le compagnon peut aussi \u00eatre touch\u00e9 et \u00eatre accus\u00e9 de constituer un facteur de souffrance pour le Sujet, ou m\u00eame d\u2019\u00eatre la cause et l\u2019origine de cette souffrance. C\u2019est ainsi que se traduit l\u2019\u00e9chec des premiers m\u00e9canismes de d\u00e9fense et des scissions moyennant lesquelles le compagnon a \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9, jusqu\u2019au moment du r\u00e9veil de la pulsion de l\u2019agression&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>(Lemaire, 1979)<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe pour Lemaire des conditions d\u00e9terminantes, sous forme de dispositions psychopathologiques (structures borderline, souffrances traumatiques, aspects carentiels,&nbsp;etc.), mais le besoin de pr\u00e9server des liens privil\u00e9gi\u00e9s avec d\u2019autres membres de la famille qui ne doivent pas \u00eatre menac\u00e9s par la relation conjugale appara\u00eet aussi fr\u00e9quemment dans la clinique. Le sujet se d\u00e9fend de toute haine inconsciente \u00e0 leur \u00e9gard et, gr\u00e2ce \u00e0 une formation r\u00e9actionnelle, il leur attribue toutes les qualit\u00e9s. L\u2019hostilit\u00e9 se retourne alors contre le conjoint et les affects de haine inconsciente se reportent sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois cette haine, n\u00e9e de la projection de l\u2019hostilit\u00e9 d\u00e9ni\u00e9e envers une figure parentale et d\u00e9plac\u00e9e sur le compagnon, peut \u00eatre secondairement \u00e9labor\u00e9e dans \u00ab&nbsp;l\u2019ici et maintenant&nbsp;\u00bb de la s\u00e9ance. Ainsi, des blessures d\u2019enfance sont r\u00e9par\u00e9es permettant la r\u00e9conciliation avec le partenaire. L\u2019envie dans sa forme radicale et mortif\u00e8re peut \u00e9galement \u00eatre d\u00e9vi\u00e9e du premier objet d\u2019amour et se manifester contre le conjoint choisi inconsciemment parce qu\u2019il s\u2019y pr\u00eate. Des mouvements d\u2019oscillation, particuli\u00e8rement instables, font alors leur apparition. Les manifestations de haine, de fureur et de pers\u00e9cution sont suivies de sentiments de culpabilit\u00e9, de tendresse et de comportements de s\u00e9duction qui permettent au compagnon de se restaurer et de prouver qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9truit par la col\u00e8re destructrice de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avoir sous sa domination quelqu\u2019un vers lequel on peut diriger sa haine est une fa\u00e7on de se d\u00e9barrasser de ce sentiment. Mais le besoin d\u2019un partenaire ha\u00efssable est trop grand pour que l\u2019on prenne le risque de le perdre. Il faut que celui-ci subsiste et se restaure pour \u00eatre en situation de recevoir la prochaine d\u00e9charge de violence. Un grand niveau d\u2019identification mutuelle doit alors \u00eatre maintenu. Les identifications projectives jouent un r\u00f4le fondamental et permettent l\u2019\u00e9vacuation des aspects de soi que l\u2019on refuse sur le conjoint, au risque que ce sc\u00e9nario se reproduise en miroir.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intimit\u00e9 des membres du couple repose donc sur leur inconscient, sur le partage d\u2019une haine commune, qui peut survivre \u00e0 la s\u00e9paration, comme on l\u2019observe parfois apr\u00e8s le divorce (Lemaire, 1979). Cette haine peut en arriver \u00e0 des extr\u00eames impensables comme, par exemple, dans <em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>, la trag\u00e9die d\u2019Euripide&nbsp;: M\u00e9d\u00e9e punit Jason en tuant les enfants qu\u2019elle a&nbsp;eus avec lui (Davins, 2012). La mort du conjoint ne suffit pas toujours \u00e0 mettre fin \u00e0 la haine qui habitait le couple, haine dont le sujet avait besoin pour survivre. Dans certains cas, la mort du compagnon ne permet plus de canaliser les tendances pers\u00e9cutrices&nbsp;: le suicide para\u00eet alors \u00eatre la seule r\u00e9ponse possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui fait la diff\u00e9rence entre un couple sain (o\u00f9 l\u2019amour l\u2019emporte sur la haine), et un couple pathologique (o\u00f9 la haine prime), c\u2019est que le premier va adopter des d\u00e9fenses ad\u00e9quates pour surmonter les conflits, tandis que le second va avoir recours \u00e0 la violence, qui est la fa\u00e7on la plus rapide et efficace d\u2019en terminer \u2013 provisoirement \u2013 avec un probl\u00e8me. L\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important concerne sans doute la capacit\u00e9 du couple \u00e0 traiter de mani\u00e8re appropri\u00e9e les v\u00e9cus douloureux. Nous voulons parler ici de la fonction de contenance (Salvador, 2005). Les couples se trouvent donc face \u00e0 une forme de paradoxe&nbsp;: ils doivent pouvoir inventer, jour apr\u00e8s jour, une mani\u00e8re viable d\u2019int\u00e9grer l\u2019agressivit\u00e9 dans leur vie en commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Parler de haine dans le couple, c\u2019est aborder une \u00e9motion complexe qui entra\u00eene plusieurs r\u00e9actions comportementales. La plus fr\u00e9quente est sans doute la <em>violence<\/em>. D\u2019embl\u00e9e, il est difficile de d\u00e9finir ce qui est violent. En effet, la d\u00e9finition change selon le contexte social et, par cons\u00e9quent, selon l\u2019\u00e9poque. Ce qui est jug\u00e9 violent dans une soci\u00e9t\u00e9 peut passer inaper\u00e7u dans une autre, voire \u00eatre admis par le droit. Et ce qui a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 peut ne pas l\u2019\u00eatre \u00e0 un autre moment. Nous rappellerons un ouvrage qui a eu beaucoup de succ\u00e8s en Espagne, \u00ab&nbsp;<em>Mi marido me pega lo normal&nbsp;\u00bb<\/em>, de Miguel Lorente, titre tr\u00e8s explicite que l\u2019auteur a tir\u00e9 d\u2019une entrevue avec une femme violent\u00e9e. Alors qu\u2019on lui demandait si son mari la maltraitait, la femme s\u2019exclama&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pas du tout, mon mari ne me bat pas plus que la normale&nbsp;!&nbsp;\u00bb (Lorente, 2003).<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, la question des mauvais traitements inflig\u00e9s aux femmes est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui fait l\u2019objet de recherches scientifiques r\u00e9centes, ce qui peut donner l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me actuel. Toutefois, les donn\u00e9es dont on dispose prouvent que ce sujet a des pr\u00e9c\u00e9dents historiques et l\u00e9gaux. En Espagne la tol\u00e9rance envers les violences faites aux femmes a&nbsp;suscit\u00e9 un grand d\u00e9bat social. Le consensus actuel est celui de la \u00ab&nbsp;tol\u00e9rance z\u00e9ro&nbsp;\u00bb face \u00e0 ce type de comportement. Mais, malheureusement, comme nous le savons tous, cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019apparition de situations graves susceptibles d\u2019entra\u00eener la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dynamiques et les conflits de la vie de couple sont souvent inextricables, enracin\u00e9s dans des mouvements relationnels complexes. Tout incident, m\u00eame unique, doit \u00eatre pris au s\u00e9rieux et \u00e9cout\u00e9. Toutefois, ce qui caract\u00e9rise une relation de violence proprement dite, c\u2019est la r\u00e9it\u00e9ration des attaques et la circularit\u00e9 des processus. Comme nous l\u2019avons dit, il existe dans toute relation une certaine compl\u00e9mentarit\u00e9, laquelle peut \u00eatre pathologique ou probl\u00e9matique si les r\u00f4les de chacun des membres du couple deviennent rigides. Si la collusion qui s\u2019est install\u00e9e est implacable et si les comportements matures et r\u00e9gressifs sont presque toujours assum\u00e9s par le m\u00eame conjoint, il existe un risque de conflits puisque les formations psychiques transf\u00e9r\u00e9es sur l\u2019autre partenaire reviennent, d\u00e9cupl\u00e9es, sur le Moi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vignette clinique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous pr\u00e9senterons le cas d\u2019Ana et de Miguel dont les conflits rappellent beaucoup ceux de Marta et Javier qui ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9s dans un pr\u00e9c\u00e9dent travail (Perez-Testor <em>et al<\/em>., 2012).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces patients viennent en consultation pour parler de leurs \u00ab&nbsp;difficult\u00e9s de communication&nbsp;\u00bb. Miguel est \u00e0 l\u2019initiative de cette d\u00e9marche et Ana a accept\u00e9 de venir, m\u00eame si, lors de la premi\u00e8re entrevue, elle affirme \u00eatre tr\u00e8s fatigu\u00e9e et ne plus supporter les conflits qui surgissent constamment \u00e0 la maison. Elle exprime une grande fatigue, montre du d\u00e9sespoir et elle menace de divorcer. Miguel ne parvient pas \u00e0 comprendre la menace de sa femme. Il juge que c\u2019est une r\u00e9action immature et infantile&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment peut-on songer \u00e0 divorcer quand on a des enfants&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il estime que le mariage \u00ab&nbsp;c\u2019est pour la vie enti\u00e8re&nbsp;\u00bb et il attend de nous que \u00ab&nbsp;nous aidions sa femme \u00e0 comprendre la r\u00e9alit\u00e9 de la vie adulte&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont mari\u00e9s depuis quinze ans et ont un fils de 10 ans. D\u2019apr\u00e8s Ana, Miguel est jaloux, aussi bien de ses amis hommes que de ses amies femmes. Lui se plaint du manque d\u2019affection de son \u00e9pouse et de son peu d\u2019enthousiasme dans leurs relations sexuelles. Il ne supporte pas qu\u2019elle sorte avec qui que ce soit. Il v\u00e9rifie le courrier \u00e9lectronique d\u2019Ana pour savoir ce qu\u2019elle fait et inspecte aussi son t\u00e9l\u00e9phone portable pour savoir qui elle appelle. Il conna\u00eet les mots de passe de son ordinateur pour pouvoir entrer dans sa bo\u00eete de messages quand il le veut. Elle le laisse faire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je&nbsp;n\u2019ai rien \u00e0 cacher&nbsp;\u00bb, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait quelques mois que Miguel a accentu\u00e9 son contr\u00f4le, au grand d\u00e9sespoir de sa femme. \u00ab&nbsp;C\u2019est vrai, au d\u00e9but \u00e7a me flattait. Il voulait savoir tout ce que je faisais, il \u00e9coutait attentivement tout ce que je lui racontais. Il me donnait l\u2019impression d\u2019\u00eatre importante pour lui. Mais maintenant, il ne me laisse pas respirer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une violente querelle Ana s\u2019est install\u00e9e avec son fils chez sa m\u00e8re pendant quelques jours. \u00ab&nbsp;Je me souviens de son regard haineux quand il m\u2019a pouss\u00e9e et de son d\u00e9sespoir quand je suis partie.&nbsp;\u00bb Elle a song\u00e9 \u00e0 porter plainte, mais elle ne veut pas lui nuire. \u00ab&nbsp;C\u2019est normal, c\u2019est le p\u00e8re de mon enfant. Je ne veux pas que mon fils sache ce que c\u2019est que d\u2019avoir son p\u00e8re en prison. Dans le fond, c\u2019est quelqu\u2019un de bien. Il se soucie de nous. Nous avons besoin de lui.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re d\u2019Ana lui a conseill\u00e9 de ne pas revenir vivre avec Miguel car elle le trouve dangereux. Elle lui a propos\u00e9 de rester vivre avec elle. Cette femme sait ce que c\u2019est que vivre seule avec un enfant. Son mari (le p\u00e8re d\u2019Ana) l\u2019a abandonn\u00e9e quand sa fille avait 12 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Ana est retourn\u00e9e vivre au domicile conjugal sur l\u2019insistance de Miguel. Elle se demande si elle est revenue parce qu\u2019il lui faisait de la peine ou parce qu\u2019elle avait besoin de lui. \u00ab&nbsp;Je ne comprends pas ce qui m\u2019arrive\u2026 Je n\u2019en peux plus\u2026 Il m\u2019est insupportable de vivre avec lui, mais mon fils a besoin de lui\u2026 Nous ne pouvons pas vivre sans lui.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Symptomatologie des membres du couple<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Miguel est le membre du couple qui contr\u00f4le et veut dominer pour que l\u2019autre soit sous son emprise et sa d\u00e9pendance. Il veut commander dans sa vie sociale et professionnelle et il n\u2019y arrive g\u00e9n\u00e9ralement pas en raison de la rigidit\u00e9 avec laquelle il agit. Cependant, dans certains domaines, ce d\u00e9faut peut \u00eatre un atout qui lui permet de se r\u00e9assurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la famille et dans le couple, il exige l\u2019adh\u00e9sion inconditionnelle de l\u2019autre \u00e0 ses attentes. Il parvient peut-\u00eatre \u00e0 obtenir une adh\u00e9sion ext\u00e9rieure, mais regrette l\u2019insubordination interne. Il attend de son \u00e9pouse qu\u2019elle se livre sans conditions, mais ne se sent pas contraint \u00e0 la moindre r\u00e9ciprocit\u00e9. Ana est oblig\u00e9e d\u2019expliquer constamment ses moindres faits et gestes, sans rien passer sous silence. Miguel a toujours raison et il est pratiquement impossible de le sortir de son ent\u00eatement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les traits de personnalit\u00e9 symptomatiques qui le caract\u00e9risent sont les suivants&nbsp;: la rigueur, la ponctualit\u00e9, une grande capacit\u00e9 de travail, la propret\u00e9, la correction et l\u2019ordre dans la disposition des choses, l\u2019\u00e9pargne,&nbsp;etc. Ou bien tout le contraire&nbsp;: le manque de ponctualit\u00e9, la paresse et la lenteur,&nbsp;etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ana joue le r\u00f4le de la personne contr\u00f4l\u00e9e ou passive et n\u2019offre pas de r\u00e9sistance. Elle est r\u00e9gressive et agressive dans sa passivit\u00e9. De fait, elle domine l\u2019autre en se laissant apparemment dominer. Elle se laisse faire sans rien dire, mais sans conviction. Elle \u00e9lude l\u2019exigence de possession que Miguel voudrait avoir sur elle et elle le fait \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e. Par exemple, elle garde de l\u2019argent en cachette, elle ne fait pas bien le m\u00e9nage, car elle sait que Miguel est obs\u00e9d\u00e9 par la propret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Psychopathologie du lien du couple et \u00e9volution du conflit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ana repr\u00e9sente la partie qui souhaite s\u2019\u00e9manciper, et Miguel la partie conservatrice, dominatrice. Tous les deux ont le m\u00eame fonctionnement obsessionnel qui signe leur collusion. Toutefois celui qui tend \u00e0 l\u2019autonomie a peur d\u2019une vraie s\u00e9paration et d\u00e9place ses craintes sur l\u2019autre, sur le conservateur. Lorsqu\u2019il constate que ce dernier ne le quitte pas, il se tranquillise. Par ailleurs, le conservateur projette ses fantasmes d\u2019\u00e9mancipation sur le membre le plus libre du couple et peut se sentir jaloux de ce que fait l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Miguel satisfait son besoin de passivit\u00e9 et de soumission \u00e0 travers Ana, qui est d\u00e9pendante. Le conflit surgit lorsque ce qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 ou projet\u00e9 par la personne passive sur la personne active fait retour. C\u2019est alors que Miguel se sent passif, prend peur, et accentue encore davantage son attitude dominatrice sur sa femme. Ana, qui a support\u00e9 longtemps la pression exerc\u00e9e par son mari, se sent alors \u00e9touff\u00e9e et essaie d\u2019\u00eatre plus autonome, plus ind\u00e9pendante (comme elle croit que l\u2019est Miguel)&nbsp;; elle ne se laisse dominer qu\u2019en apparence. Lui per\u00e7oit l\u2019\u00e9chec de sa strat\u00e9gie et commence \u00e0 se sentir seul. Il aspire \u00e0 \u00eatre lui-m\u00eame autonome et \u00e9mancip\u00e9, mais craint la s\u00e9paration en raison du besoin qu\u2019il \u00e9prouve d\u2019exercer le contr\u00f4le. Cela provoque des difficult\u00e9s dans les relations sexuelles, qui sont alors d\u00e9nu\u00e9es de spontan\u00e9it\u00e9 et marqu\u00e9es par un contr\u00f4le r\u00e9ciproque.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, il est possible que l\u2019un des deux partenaires cherche \u00e0 avoir des relations extraconjugales afin d\u2019affirmer son besoin d\u2019autonomie et d\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019autre devient jaloux et \u00e0 tendance \u00e0 vouloir surveiller le conjoint, si bien que celui qui cause la jalousie se sent d\u00e9sormais contr\u00f4l\u00e9, a encore plus envie d\u2019\u00eatre infid\u00e8le, ind\u00e9pendant&nbsp;; par sa conduite, il stimule encore plus le contr\u00f4le de son compagnon qu\u2019il d\u00e9sire par ailleurs dans son ambivalence obsessionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Type de collusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette relation on retrouve une d\u00e9pendance et un besoin d\u2019emprise v\u00e9cu de fa\u00e7on parasitaire. L\u2019aspect masochiste se manifeste lorsqu\u2019on se laisse torturer, mais pas seulement, puisqu\u2019on transforme le tortionnaire en tortur\u00e9 gr\u00e2ce, par exemple, \u00e0 une docilit\u00e9 apparente, un manque de volont\u00e9 propre, qui sont exasp\u00e9rants pour le partenaire&nbsp;: on est comme un pantin qui n\u2019offre pas de r\u00e9sistance et que l\u2019autre ne peut se vanter de dominer. On affronte le conflit avec une attitude de victime, avec sur le visage une expression qui parvient \u00e0 faire sortir l\u2019autre de ses gonds. Celui qui exerce la fonction sadique, qui tourmente, peut se sentir coupable face \u00e0 celui qui se soumet sans r\u00e9sistance. Celui qui repr\u00e9sente l\u2019aspect masochiste dans le couple prend plaisir \u00e0 se voir domin\u00e9 et \u00e0 dominer l\u2019autre en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>En raison de cette relation, Ana et Miguel sont en collusion permanente et chacun cherche \u00e0 avoir le dessus sur le partenaire. Ils peuvent donner au th\u00e9rapeute l\u2019impression que toutes ces disputes, qu\u2019aucune v\u00e9ritable raison ne justifie, se termineront par une s\u00e9paration. Mais il ne faut pas s\u2019y tromper. Ils sont unis par le combat pour le contr\u00f4le et la domination. Ils ne peuvent pas se permettre la faiblesse de c\u00e9der la moindre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Alberto Eiguer l\u2019a exprim\u00e9 en ces termes lors de l\u2019AIPCF de Barcelone&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00catre libre, c\u2019est prendre ses d\u00e9cisions de fa\u00e7on ind\u00e9pendante et en assumer les cons\u00e9quences&nbsp;: les succ\u00e8s ou les \u00e9checs, l\u2019approbation ou la critique, l\u2019encensement ou la honte et l\u2019opprobre. Les individus se perp\u00e9tuent donc dans la d\u00e9pendance en vertu de deux comportements oppos\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol start=\"1\" class=\"wp-block-list\">\n<li>N\u2019\u00e9tant plus s\u00fbres de savoir cr\u00e9er un engagement sentimental durable et suffisant, certaines personnes essaient de contr\u00f4ler l\u2019autre et de le soumettre. Elles ne sont pas s\u00fbres d\u2019elles-m\u00eames et craignent que, si l\u2019autre devient trop ind\u00e9pendant, il finisse par ne plus la reconna\u00eetre en tant qu\u2019individu, qu\u2019il ne la respecte plus narcissiquement, en somme, qu\u2019il ne l\u2019aime plus\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>D\u2019autres personnes adoptent l\u2019attitude oppos\u00e9e, la soumission, et acceptent sans r\u00e9agir les vexations, m\u00eame si tout cela leur fait mal et que leurs capacit\u00e9s personnelles de cr\u00e9ativit\u00e9 s\u2019en ressentent. Le sujet peut \u00eatre d\u2019accord, \u00eatre le complice inconscient, souvent, du fonctionnement d\u2019un lien dont il ne distingue pas les m\u00e9canismes et dont il ne craint pas les cons\u00e9quences pour son int\u00e9grit\u00e9.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Ces deux positions peuvent coexister chez une m\u00eame personne ou alterner suivant les moments. Dominer et \u00eatre domin\u00e9 configure un ensemble interpersonnel. Tout attachement \u00e0 l\u2019autre implique, certes, une forme de d\u00e9pendance mais il peut se traduire par des exc\u00e8s, comme dans le lien pervers. La domination sert ici \u00e0 d\u00e9nier sa propre d\u00e9pendance de l\u2019autre et \u00e0 affirmer que c\u2019est l\u2019autre qui d\u00e9pend enti\u00e8rement et exclusivement du premier&nbsp;\u00bb (Eiguer, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>Un aspect important de la dynamique du couple fonctionnant en collusion obsessionnelle concerne la relation avec les parents. Dans bien des cas, les parents du membre passif voudraient continuer \u00e0 dominer ce dernier et n\u2019acceptent pas qu\u2019il \u00e9chappe \u00e0 leur contr\u00f4le. Le membre actif, lui, affronte les parents du membre passif et lutte contre eux, alors que ceux-ci cherchent \u00e0 lui retirer l\u2019emprise qu\u2019il exerce sur son conjoint.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la plupart des couples, l\u2019amour est le sentiment pr\u00e9dominant, m\u00eame si, dans certaines situations, la haine peut appara\u00eetre de fa\u00e7on mod\u00e9r\u00e9e ou virulente. Nombreux sont les conjoints qui parviennent \u00e0 contr\u00f4ler cette \u00e9motion et peuvent r\u00e9parer les dommages qu\u2019ils se sont inflig\u00e9s. En revanche, pour d\u2019autres, comme Ana et Miguel, la haine peut se structurer autour de collusions fond\u00e9es sur la probl\u00e9matique domination-soumission. Chaque membre du lien conjugal a besoin de contr\u00f4ler l\u2019autre et est pris dans une toile d\u2019araign\u00e9e dont il ne peut s\u2019\u00e9chapper. Ils ne peuvent ni vivre ensemble ni se s\u00e9parer.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que cliniciens, nous savons tr\u00e8s bien que nous n\u2019obtiendrons aucun r\u00e9sultat positif en travaillant avec chacun des partenaires ou en nous concentrant sur la symptomatologie individuelle. Travailler la collusion, la dynamique projective-introjective, sera la seule fa\u00e7on d\u2019aider des couples comme celui que nous avons pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 surmonter une relation ambivalente qui ne les aide ni \u00e0 s\u2019\u00e9panouir, ni \u00e0 progresser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ni avec toi ni sans toi mes maux n\u2019ont de rem\u00e8de&nbsp;: avec toi parce que tu me tues, sans toi parce que je meurs.&nbsp;\u00bb Dicton populaire espagnol. 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