{"id":448,"date":"2024-02-25T16:03:25","date_gmt":"2024-02-25T15:03:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=448"},"modified":"2024-02-25T16:03:25","modified_gmt":"2024-02-25T15:03:25","slug":"philosophie-du-depouillement-la-pauvrete-rend-elle-heureuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=448","title":{"rendered":"Philosophie du d\u00e9pouillement. La pauvret\u00e9 rend-elle heureuse ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-background has-medium-font-size\" style=\"background:linear-gradient(135deg,rgb(252,185,0) 0%,rgb(255,105,0) 0%)\"><strong>Introduction : Le terme cynique a bien chang\u00e9 de sens<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>cynisme<\/strong> est une attitude face \u00e0 la vie provenant d&rsquo;une \u00e9cole philosophique de la Gr\u00e8ce antique, fond\u00e9e ou du moins inspir\u00e9e par Antisth\u00e8ne1 et connue principalement pour les propos et les actions spectaculaires de son disciple le plus c\u00e9l\u00e8bre, <strong>Diog\u00e8ne de Sinope<\/strong>. Cette \u00e9cole a tent\u00e9 un renversement des valeurs dominantes du moment, enseignant la d\u00e9sinvolture et l&rsquo;humilit\u00e9 aux grands et aux puissants de la Gr\u00e8ce antique. Radicalement mat\u00e9rialistes et anticonformistes, les cyniques, et \u00e0 leur t\u00eate Diog\u00e8ne, proposaient une autre pratique de la philosophie et de la vie en g\u00e9n\u00e9ral, subversive et jubilatoire. L&rsquo;\u00e9cole cynique pr\u00f4ne la vertu et la sagesse, qualit\u00e9s qu&rsquo;on ne peut atteindre que par la libert\u00e9. Cette libert\u00e9, \u00e9tape n\u00e9cessaire \u00e0 un \u00e9tat vertueux et non finalit\u00e9 en soi, se veut radicale face aux conventions commun\u00e9ment admises, dans un souci constant de se rapprocher de la nature. Le cynisme a profond\u00e9ment influenc\u00e9 le d\u00e9veloppement du sto\u00efcisme par Z\u00e9non de Kition et ses successeurs \u00e0 partir de 301 av. J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-medium-font-size\" style=\"background:linear-gradient(135deg,rgb(255,206,236) 0%,rgb(152,150,240) 0%)\"><strong>Revenons \u00e0 nos moutons !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi choisir la pauvret\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Par choix, Diog\u00e8ne vit dans la pauvret\u00e9 et le d\u00e9nouement. Par conviction, Diog\u00e8ne vit sans possession ni attache. Il d\u00e9veloppe une philosophie du d\u00e9pouillement, o\u00f9 il se d\u00e9poss\u00e8de de tout, pour \u00eatre plus proche de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les cyniques, la pauvret\u00e9 est une vertu&nbsp;; <em>a contrario<\/em>, la richesse est \u00e0 proscrire. Ne rien poss\u00e9der permet de se d\u00e9tacher des choses mat\u00e9rielles, et ainsi acc\u00e9der \u00e0 la libert\u00e9. On ne peut, en m\u00eame temps, avoir et \u00eatre. La seule richesse est l\u2019autonomie. Le pauvre est celui qui d\u00e9sire plus qu\u2019il ne peut acqu\u00e9rir. Vivre en autarcie correspond \u00e0 l\u2019id\u00e9al sto\u00efcien, aussi bien qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9al des cyniques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La vertu ne saurait habiter dans une ville, ni une maison riche&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019avoir \u00e9puise l\u2019\u00eatre. Les possessions finissent par nous poss\u00e9der. L\u2019autosuffisance est le seul bien \u00e0 rechercher. Pour y acc\u00e9der, il convient de se satisfaire du minimum&nbsp;: une alimentation frugale, un logement sommaire, le moins de possessions possible. Lorsque Platon brime Diog\u00e8ne en un \u00ab Socrate devenu fou \u00bb, il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette asc\u00e8se radicale, \u00e0 ce mode de vie marginal, \u00e0 cette promotion de la pauvret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quel est le mode de vie pr\u00f4n\u00e9 par les cyniques&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La fin que se propose la philosophie cynique est le bonheur. Ce bonheur consiste \u00e0 vivre conform\u00e9ment \u00e0 la nature. La qu\u00eate de libert\u00e9 des cyniques est directement inspir\u00e9e par le mod\u00e8le animal. Toutefois, l\u2019\u00eatre humain ne doit pas se r\u00e9duire \u00e0 la bestialit\u00e9, \u00e0 la barbarie, mais \u00e0 la nature. Le mod\u00e8le cynique est plut\u00f4t celui d\u2019une vie minimaliste, inspir\u00e9e de la vie \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cyniques encouragent \u00e0 mener une vie simple et naturelle. Vertu et bonheur sont permis par une vie asc\u00e9tique, en accord avec la nature. D\u2019ailleurs, \u00e9tymologiquement, cynisme (<em>kinikos<\/em>) signifie chien. Les cyniques vivent et se pr\u00e9sentent comme des chiens. Diog\u00e8ne se f\u00e9licitait ainsi de son surnom de \u00ab chien \u00bb, donn\u00e9 par ses d\u00e9tracteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s les cyniques, la libert\u00e9 humaine ne diff\u00e8re point de celle du chien. Diog\u00e8ne \u00ab&nbsp;aboie devant les ignorants et l\u00e8che les sages&nbsp;\u00bb (Baldacchino, 2014, p.74). Diog\u00e8ne, dont le surnom fut le chien, loge dans son c\u00e9l\u00e8re tonneau, devenu le symbole du principe d\u2019autarcie. En fait, il dormait dans un <em>pithos<\/em>, une grande jarre (il n\u2019y avait pas de tonneau en bois \u00e0 son \u00e9poque). Ses possessions se limitent \u00e0 un b\u00e2ton (qui a une utilit\u00e9 p\u00e9dagogique), une lanterne, et une coupe. A ce propos, on raconte que Diog\u00e8ne, \u00e0 la vue d\u2019un enfant qui buvait avec sa main, jeta son \u00e9cuelle de col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cyniques pr\u00f4nent une alimentation tout juste suffisante (eau, herbes), un logement spartiate (abris de fortune), de vieux v\u00eatements (Diog\u00e8ne porte un manteau \u00e9lim\u00e9 et ab\u00eem\u00e9), une apparence n\u00e9glig\u00e9e (cheveux longs, barbes non entretenues), la mendicit\u00e9 et l\u2019aum\u00f4ne\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019antiquit\u00e9 grecque, les hommes se voyaient ali\u00e9n\u00e9s par des besoins superf\u00e9tatoires, des pressions sociales normalisantes, des exigences ali\u00e9nantes. Alt\u00e9r\u00e9s par la vie sociale, les besoins individuels doivent retrouver leur simplicit\u00e9 naturelle. L\u2019homme doit parvenir \u00e0 se d\u00e9faire de ces contraintes pesantes. La raison doit l\u2019emporter sur les passions (biologiques, comme sociales). La vie conforme \u00e0 la nature se sp\u00e9cifie par l\u2019absence de contraintes. Les besoins sociaux entravent la r\u00e9alisation de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e cynique voit dans le monde pr\u00e9-prom\u00e9th\u00e9en, un mod\u00e8le \u00e0 suivre, un monde naturel o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain est libre. L\u2019homme doit s\u2019\u00e9manciper de la dictature civilisationnelle, qui le corrompt en besoins superflus.<\/p>\n\n\n\n<p>Diog\u00e8ne se vante d\u2019\u00ab \u00eatre riche sans une seule obole \u00bb et s\u2019enorgueillit d\u2019\u00eatre sans cit\u00e9, sans maison, priv\u00e9 de patrie, vagabond, mendiant, vivant au jour le jour. Apr\u00e8s avoir vu un enfant boire sans \u00e9cuelle, Diog\u00e8ne se comprit battu. Il se d\u00e9barrassa alors de son r\u00e9cipient. De m\u00eame, Crat\u00e8s, digne repr\u00e9sentant de l\u2019\u00e9cole Cynique et grand h\u00e9ritier, se d\u00e9barrassa de sa fortune, en la donnant aux citoyens de Th\u00e8bes. El\u00e8ve de Diog\u00e8ne, Crat\u00e8s choisit \u00e9galement le d\u00e9pouillement comme mode de vie, comme le souligne Plutarque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Crat\u00e8s avec seulement son sac et sa cape en lambeaux, rit \u00e0 la vie en plaisantant, comme s\u2019il \u00e9tait toujours \u00e0 un festival \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Crat\u00e8s su mettre en conformit\u00e9 ses principes de vie avec sa pratique. En abandonnant sa fortune, il s\u2019affranchit d\u2019un obstacle \u00e0 sa libert\u00e9. La pauvret\u00e9, de m\u00eame que la discipline du d\u00e9sir, constituent une condition \u00e0 la libert\u00e9. La pauvret\u00e9 serait ainsi le principe de son ind\u00e9pendance. Plus que les mots et les longs discours, la n\u00e9gation du mat\u00e9riel, le refus des honneurs, le rejet de la fortune, forment les meilleurs arguments pour d\u00e9fendre une philosophie de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019asc\u00e8se radicale et le choix sans ambages de la pauvret\u00e9 des repr\u00e9sentants du cynisme ont pour objet de les lib\u00e9rer. L\u2019id\u00e9al philosophique des cyniques est la vie autarcique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment se d\u00e9lester pour se lib\u00e9rer&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Sans possession, sans attache, sans besoin superflu, Diog\u00e8ne vit libre, loin de tout chagrin ou crainte, comme le souligne Epict\u00e8te. En cela, il \u00e9tait marginal face aux ath\u00e9niens, qui ne cessaient de se soucier de leurs biens, de comploter pour assurer leur survie, de travailler pour obtenir r\u00e9compenses et honneurs\u2026 Incapable de go\u00fbter le moindre repos salvateur, les contemporains de Diog\u00e8ne enduraient souffrances et angoisses. A ces peurs, Diog\u00e8ne opposait son bien souverain, l\u2019ind\u00e9pendance. Vivant en autarcie, Diog\u00e8ne se suffisait \u00e0 lui-m\u00eame, et ne d\u00e9pendait de rien, ni de personne. Les cyniques placent \u00ab la libert\u00e9 au-dessus de tout \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 de consommation, la profusion de biens, la pression aux achats ostentatoires, interrogent forc\u00e9ment \u00e0 l\u2019aune de la philosophie cynique. Peut-on \u00eatre v\u00e9ritablement libre dans le d\u00e9monstratif et le superflu de notre soci\u00e9t\u00e9 marchande&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La libert\u00e9 cynique, comme sto\u00efcienne par ailleurs, se gagne sur le terrain de la retenue, de la discipline du d\u00e9sir. Diog\u00e8ne prescrit de r\u00e9duire ses besoins au minimum vital. En ce sens, le sage est celui qui se satisfait de peu. Ne rien poss\u00e9der permet de se rapprocher de soi. La r\u00e9ussite est un combat int\u00e9rieur, permettant de s\u2019affranchir des besoins non-n\u00e9cessaires. On observe dans quelle mesure cette sagesse antique s\u2019oppose cat\u00e9goriquement \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorisation du d\u00e9sir, \u00e0 la d\u00e9bridation des d\u00e9sirs des soci\u00e9t\u00e9s modernes occidentales.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, la libert\u00e9 cynique enjoint de mettre \u00e0 distance les r\u00e8gles normatives, les lois, les bonnes m\u0153urs, les us et coutumes\u2026 Ces contraintes repr\u00e9sentent des sources de servitude. Diog\u00e8ne d\u00e9veloppe une pens\u00e9e profond\u00e9ment contestataire et irr\u00e9v\u00e9rencieuse. Son objet est de subvertir la morale commune, de renverser les id\u00e9aux partag\u00e9s. La libert\u00e9 est donc \u00e9galement un travail de mise en perspective des forces sociales coercitives. Le sage ne se soumet point \u00e0 la doxa populaire. La libert\u00e9 doit sans cesse se d\u00e9fendre contre les besoins corporels et les normes sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>Se lib\u00e9rer consiste \u00e0 abandonner les modes de vie et de pens\u00e9es ordinaires. Le sage vit en d\u00e9calage, en marge des cadres restrictifs et des pratiques quotidiennes de ses contemporains. C\u2019est par le fait m\u00eame qu\u2019il ne se soucie pas le moins du monde du regard inquisiteur port\u00e9 par les autres sur sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, qu\u2019il est ind\u00e9pendant. Est donc libre celui qui ne vit plus emprisonn\u00e9 par le jugement social.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Peut-on \u00e9tablir un lien entre pauvret\u00e9, (auto)cr\u00e9ation&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les objets r\u00e9duisent l\u2019homme en servitude. L\u2019\u00eatre est limit\u00e9 par ses avoirs. Les besoins de possessions en plus de faire souffrir et endurer mille \u00e9preuves inutiles, \u00e9loignent l\u2019homme de lui-m\u00eame. Par le d\u00e9sir d\u2019acqu\u00e9rir, l\u2019individu passe de cr\u00e9ateur \u00e0 imitateur. Dans la soci\u00e9t\u00e9 prom\u00e9th\u00e9enne, l\u2019homme devient alors un produit non-r\u00e9flexif de sa civilisation. Son \u00eatre s\u2019\u00e9puise, \u00e0 mesure qu\u2019il succombe \u00e0 la recherche du profit. <em>A contrario<\/em>, \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage de l\u2019\u00e8re pr\u00e9-prom\u00e9th\u00e9enne, les hommes seraient libres de cr\u00e9er, par l\u2019absence de codes et de r\u00e8gles normatives.<\/p>\n\n\n\n<p>La cr\u00e9ation de soi implique n\u00e9cessairement de faire abstraction de la mim\u00e9tique des d\u00e9sirs, du regard \u00e9valuateur des autres. Le processus d\u2019autocr\u00e9ation doit mettre \u00e0 mal les dynamiques normalisantes. L\u2019homme souverain, par d\u00e9finition, ne s\u2019\u00e9tablit pas selon des standards, mais s\u2019\u00e9rige en vertu de ses propres crit\u00e8res, en fonction de ses r\u00e8gles personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>De la sorte, la richesse et l\u2019autocr\u00e9ation s\u2019opposent \u00e0 deux niveaux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La qu\u00eate effr\u00e9n\u00e9e de biens, l\u2019app\u00e2t du gain, ne peuvent que d\u00e9tourner l\u2019individu de ses richesses int\u00e9rieures. Rechercher le succ\u00e8s ext\u00e9rieur, c\u2019est renoncer \u00e0 toute possibilit\u00e9 de victoire sur soi-m\u00eame. Devenir ma\u00eetre des soi implique un travail d\u2019introspection, un regard dirig\u00e9 vers son for int\u00e9rieur, alors m\u00eame que l\u2019ambition dans les affaires entra\u00eene un mouvement vers l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>En outre, les possessions finissent par nous poss\u00e9der.&nbsp;Plus j\u2019ai, moins je suis. S\u2019affranchir des objets, vivre de mani\u00e8re minimaliste, permet \u00e9galement de faire le vide en soi, condition n\u00e9cessaire \u00e0 sa libert\u00e9 int\u00e9rieure.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>A titre d\u2019illustration, dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e, on ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par la concomitance entre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et le g\u00e9nie. Dans <em>Ethique \u00e0 Nicomaque<\/em>, Aristote condamne la chr\u00e9matistique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019accumulation de monnaie pour elle-m\u00eame. L\u2019art de s\u2019enrichir s\u2019oppose d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019art du bien-\u00eatre (<em>o\u00efkos<\/em>). Il s\u2019agirait l\u00e0 d\u2019une activit\u00e9 contre nature. De m\u00eame, bien plus tard, Nietzsche condamne la passion effr\u00e9n\u00e9e de l\u2019avoir et des honneurs, la recherche de l\u2019enrichissement pour lui-m\u00eame. Dans <em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em>, il \u00e9crit (p.70)&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab En v\u00e9rit\u00e9, qui poss\u00e8de peu est d\u2019autant moins poss\u00e9d\u00e9 : lou\u00e9e soit la petite pauvret\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En pratique, \u00e0 titre d\u2019exemplification, on peut parler des grands g\u00e9nies philosophiques, qui ont renonc\u00e9 \u00e0 une fortune certaine, au profit d\u2019une vie incertaine. Spinoza et Wittgenstein ont ainsi refus\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage familial.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1656, Spinoza fut exclu de sa communaut\u00e9 religieuse. De l\u00e0, il abandonna la succession de son p\u00e8re et les affaires familiales. Spinoza devint alors un \u00ab&nbsp;philosophe-artisan&nbsp;\u00bb, qui gagna sa vie tr\u00e8s humblement en taillant des lentilles optiques pour&nbsp;lunettes&nbsp;et&nbsp;microscopes. Il m\u00e8nera une vie modeste et frugale, qui le conduira \u00e0 r\u00e9diger quelques-uns des plus grands textes philosophiques.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame Wittgenstein, h\u00e9ritier d\u2019une fortune colossale abandonna son h\u00e9ritage, qu\u2019il remettra \u00e0 ses fr\u00e8res et s\u0153urs, ainsi qu\u2019\u00e0 des artistes d\u2019avant-garde. Il pensait que donner son argent aux pauvres et n\u00e9cessiteux ne pourrait que les corrompre. En se d\u00e9lestant sciemment de ce legs familial, Wittgenstein a provoqu\u00e9 son propre appauvrissement, et conna\u00eetra une vie tr\u00e8s asc\u00e9tique. Il gagna humblement sa vie en \u00e9tant tour \u00e0 tour jardinier ou instituteur. C\u2019est dans l\u2019isolement et la r\u00e9clusion choisie qu\u2019il \u00e9crira ses plus grands textes.<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors du champ philosophique, on peut citer Albert Einstein, comme symbole du \u00ab&nbsp;pauvre g\u00e9nie&nbsp;\u00bb. De 1900 \u00e0 1905, soit les ann\u00e9es les plus prolifiques de son existence au niveau intellectuel, il vivait dans une grande pr\u00e9carit\u00e9, voire m\u00eame une certaine mis\u00e8re. C\u2019est pourtant \u00e9loign\u00e9 du milieu universitaire, o\u00f9 r\u00e8gne un conformisme sans pareil, qu\u2019il \u00e9labora la plus grande th\u00e9orie de la physique du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019histoire de la pens\u00e9e nous enseigne donc que pauvret\u00e9 et (auto)cr\u00e9ation font bon m\u00e9nage. Il y a d\u00e9j\u00e0 2500 ans, Diog\u00e8ne incitait \u00e0 se suffire \u00e0 soi-m\u00eame, \u00e0 se d\u00e9tacher de l\u2019envie, de l\u2019avoir, du d\u00e9sir. Le cynisme renverse ainsi les pr\u00e9jug\u00e9s, toujours et plus que jamais vivace, concernant la r\u00e9ussite, la libert\u00e9 et la fortune. La richesse, c\u2019est de renoncer aux d\u00e9sirs&nbsp;; la pauvret\u00e9 est d\u2019en \u00eatre esclave.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/in\/guillaume-vimeney\/\"><\/a><strong>Guillaume Vimeney<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : Le terme cynique a bien chang\u00e9 de sens. Le cynisme est une attitude face \u00e0 la vie provenant d&rsquo;une \u00e9cole philosophique de la Gr\u00e8ce antique, fond\u00e9e ou du moins inspir\u00e9e par Antisth\u00e8ne1 et connue principalement pour les propos &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=448\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-448","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/448","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=448"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/448\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":449,"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/448\/revisions\/449"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=448"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=448"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=448"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}