{"id":579,"date":"2024-07-13T15:27:57","date_gmt":"2024-07-13T13:27:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=579"},"modified":"2024-07-13T15:27:57","modified_gmt":"2024-07-13T13:27:57","slug":"la-folie-nest-elle-que-le-contraire-de-la-raison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=579","title":{"rendered":"La folie n\u2019est-elle que le contraire de la raison ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Notre \u00e9poque y voit une pathologie, mais envers de la raison, elle nous inspire ambitions, amours et plaisirs.<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"324\" height=\"233\" src=\"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/folie1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-580\" style=\"width:496px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/folie1.jpg 324w, https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/folie1-300x216.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 324px) 100vw, 324px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>La folie est la chose du monde la mieux partag\u00e9e, <\/strong><em><strong>\u00ab&nbsp;le plus vif de nos dangers,<\/strong><\/em><strong> dit Foucault, <\/strong><em><strong>et notre v\u00e9rit\u00e9 peut-\u00eatre la plus proche&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><strong>.<\/strong> Si la folie n\u2019\u00e9tait qu\u2019une maladie mentale, si le fou n\u2019\u00e9tait que l\u2019insens\u00e9, il suffirait d\u2019\u00eatre sain d\u2019esprit pour ne pas \u00eatre fou. Or la folie a les id\u00e9es plus larges\u2009: personne n\u2019est plus fou que celui qui, croyant ne pas l\u2019\u00eatre, exclut, d\u2019autorit\u00e9, la folie du cercle de la raison. La folie clinique, caract\u00e9ris\u00e9e, n\u2019est qu\u2019un cas particulier d\u2019une folie plus g\u00e9n\u00e9rale qui, si elle \u00e9tait reconnue comme telle, enverrait tout homme \u00e0 l\u2019asile. C\u2019est ce dont t\u00e9moigne le cas Descartes, ou l\u2019histoire d\u2019un homme qui, redoutant de trop douter, bannit la possibilit\u00e9 de la folie au d\u00e9part de ses m\u00e9ditations. <em>\u00ab&nbsp;Mais quoi\u2009? ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant si je me r\u00e9glais sur leurs exemples&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crit-il en parlant de ceux qui <em>\u00ab&nbsp;assurent constamment qu\u2019ils sont des rois, lorsqu\u2019ils sont tr\u00e8s pauvres\u2009; qu\u2019ils sont v\u00eatus d\u2019or et de pourpre, lorsqu\u2019ils sont tout nus\u2009; ou s\u2019imaginent \u00eatre des cruches, ou avoir un corps de verre&nbsp;\u00bb<\/em>. En voulant \u00eatre sobre, en rempla\u00e7ant l\u2019\u00e9preuve du vertige par la stabilit\u00e9 des certitudes, en excommuniant la folie comme on d\u00e9pouille la lumi\u00e8re de son ombre, en faisant une idole de son esprit au point de consid\u00e9rer que le fou ne peut penser puisque la pens\u00e9e ne peut \u00eatre folle, le philosophe d\u00e9ment d\u00e9nie \u00e0 la folie (qu\u2019il r\u00e9duit \u00e0 la d\u00e9raison) le privil\u00e8ge des paroles inou\u00efes, fonde la folie <em>\u00ab&nbsp;comme l\u2019autre de la raison, selon le discours de la raison elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb<\/em> (Foucault), et justifie, \u00e0 ce titre, la mainmise des fous qui s\u2019ignorent sur les malades mentaux qu\u2019ils enferment. C\u2019est m\u00e9conna\u00eetre sa propre folie (comme c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en soi) que de faire de la folie l\u2019objet de la connaissance et, par cons\u00e9quent, du fou (successivement identifi\u00e9, selon l\u2019\u00e9poque, \u00e0 l\u2019homosexuel, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, au vagabond ou \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rique) l\u2019objet de la surveillance. Parce qu\u2019elle se limite elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019exercice de la raison, la philosophie, affol\u00e9e par la folie, se soumet \u00e0 sa loi d\u00e8s qu\u2019elle pr\u00e9tend s\u2019en \u00e9loigner. <em>\u00ab&nbsp;Nous sommes si n\u00e9cessairement fous, <\/em>soutient Pascal,<em> que ce serait \u00eatre fou par autre tour de folie, de n\u2019\u00eatre pas fou&nbsp;\u00bb<\/em>\u2009: la parano\u00efa de ceux qui, d\u00e9sireux de penser par eux-m\u00eames, refusent d\u2019\u00eatre manipul\u00e9s, l\u2019engendrement du go\u00fbt de l\u2019absolu par les id\u00e9es de la raison, le geste logique de celui qui, en toute rigueur, d\u00e9duit de la mort de Dieu que tout est permis, le recours au raisonnement qui accompagne les affirmations les plus t\u00e9m\u00e9raires d\u00e9montrent, si besoin est, qu\u2019il faut avoir perdu la t\u00eate pour faire de la raison un garde-fou.<\/p>\n\n\n\n<p>Car la folie n\u2019est pas seulement le langage des exclus, mais le fin mot de l\u2019existence. C\u2019est elle qui (contrairement \u00e0 l\u2019absurde) \u00e9pargne le suicide \u00e0 ceux dont la vie n\u2019a aucun sens. C\u2019est elle qui, donnant aux hommes le go\u00fbt du pouvoir et de l\u2019argent, pr\u00e9serve les soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019anarchie comme de la mis\u00e8re. C\u2019est elle qui d\u00e9fait les tyrans qu\u2019elle a mis sur le tr\u00f4ne. La folie apprend \u00e0 aimer le silence, \u00e0 d\u00e9sirer ce qui ne dure pas, \u00e0 parler l\u00e9g\u00e8rement des choses graves, \u00e0 souffrir sans se plaindre. Le plaisir, \u00e0 cet \u00e9gard, est une folie, l\u2019amour aussi, le bonheur ne l\u2019est pas moins\u2009: <em>\u00ab&nbsp;De m\u00eame que son ignorance grammaticale ne saurait rendre malheureux le cheval,<\/em> dit \u00c9rasme dans sa prosopop\u00e9e de la folie, <em>je ne fais point le malheur de l\u2019homme, puisque je suis conforme \u00e0 sa nature\u2026 Si les mortels se d\u00e9cidaient \u00e0 rompre avec la Sagesse, et vivaient sans cesse avec moi, au lieu de l\u2019ennui de vieillir, ils conna\u00eetraient la jouissance d\u2019\u00eatre toujours jeunes\u2026 Qu\u2019y a-t-il de plus doux, de plus pr\u00e9cieux, que la vie elle-m\u00eame\u2009? Et \u00e0 qui doit-on qu\u2019elle commence, sinon \u00e0 moi\u2009?&#8230; \u00e0 mesure que l\u2019homme m\u2019\u00e9carte, il vit de moins en moins.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La folie est un lieu de passage, \u00e0 mi-chemin de l\u2019erreur et du r\u00eave, une prodigieuse r\u00e9serve de sens o\u00f9 la litt\u00e9rature \u2013&nbsp;\u00e0 qui rien de ce qui est fou n\u2019est \u00e9tranger&nbsp;\u2013 puise le d\u00e9lire qui enchante, \u00e9puise les paradoxes qui rassurent, accueille et restitue l\u2019\u00e9trange parole des clairvoyants, conserve aux mots la saveur qu\u2019ils perdent en retrouvant leur \u00e9tymologie. Aux antipodes de Descartes, l\u2019\u00e9crivain est un foulosophe qui, avant de juger, choisit de comprendre, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e9tymologiquement, \u00ab&nbsp;de ne pas exclure&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre \u00e9poque y voit une pathologie, mais envers de la raison, elle nous inspire ambitions, amours et plaisirs. 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