{"id":968,"date":"2024-10-28T13:00:24","date_gmt":"2024-10-28T12:00:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=968"},"modified":"2024-10-28T13:00:24","modified_gmt":"2024-10-28T12:00:24","slug":"choix-pourquoi-nous-hesitons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/?p=968","title":{"rendered":"Choix : pourquoi nous h\u00e9sitons"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"432\" height=\"284\" src=\"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hesiter.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-969\" srcset=\"https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hesiter.jpg 432w, https:\/\/www.cafephilolagny.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hesiter-300x197.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 432px) 100vw, 432px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des petites d\u00e9cisions du quotidien aux grandes r\u00e9solutions qui peuvent tout bouleverser, la vie n\u2019est qu\u2019une succession de choix \u00e0 faire. Tant et si bien que, parfois, noy\u00e9s sous des flots de possibilit\u00e9s, nous n\u2019arrivons plus \u00e0 savoir ce qui est bon ou pas pour nous\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nature ou aux fruits ? Bio ou ordinaires ? Pack de deux, de quatre, de huit ? Lait de vache, de brebis, de soja ? Pots en verre, en terre cuite, en plastique ou en carton ? Aucune \u00e9tude n\u2019a encore comptabilis\u00e9 le nombre de questions auxquelles notre cerveau doit r\u00e9pondre avant de donner l\u2019ordre \u00e0 notre main de se tendre, finalement, vers le pack de quatre yaourts bio \u00e0 la framboise, en pots de verre. Ni combien de fois il doit recommencer l\u2019exercice dans les autres rayons du magasin, jusqu\u2019\u00e0 remplissage complet d\u2019un Caddie. Mais rien qu\u2019en y pensant, nous comprenons mieux pourquoi il est parfois \u00e9puisant de faire les courses. Et pourquoi, certains matins, choisir comment nous allons nous habiller ou ce que nous allons manger au petit d\u00e9jeuner semble un exploit insurmontable\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous passons notre vie enti\u00e8re \u00e0 devoir d\u00e9cider. Sans arr\u00eat. Depuis les yaourts jusqu\u2019aux \u00e9l\u00e9ments majeurs de notre existence, comme la personne avec laquelle nous vivons, l\u2019emploi que nous acceptons ou refusons, la conception d\u2019un enfant, l\u2019achat d\u2019un logement remboursable sur quinze ou vingt-cinq ans, un engagement politique ou religieux\u2026 Et d\u2019une foule d\u2019autres choses plus ou moins importantes, mais souvent un peu inqui\u00e9tantes : se faire vacciner ou pas, changer les enfants d\u2019\u00e9cole, partir dans ce pays o\u00f9 la terre risque de trembler, accepter un devis, trouver un nouveau m\u00e9decin, bousculer les convenances\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab J\u2019ai choisi de quitter mon boulot et de changer de vie, raconte \u00c9lise, 38 ans. J\u2019ai pris ces d\u00e9cisions importantes en y r\u00e9fl\u00e9chissant beaucoup, mais sans me sentir tortur\u00e9e. Seulement, le jour o\u00f9 il a fallu choisir un canap\u00e9 pour mon nouvel appartement, j\u2019ai compl\u00e8tement perdu pied. J\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre incapable de savoir ce que je voulais, et m\u00eame qui j\u2019\u00e9tais. Tout \u00e7a pour un canap\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans que nous comprenions toujours pourquoi, le choix devient parfois inextricable. Comme si la profusion et la libert\u00e9 nous engloutissaient et nous faisaient perdre nos rep\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;obligation d&rsquo;\u00eatre libre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab La grande nouveaut\u00e9 de notre temps, explique le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez,auteur notamment d\u2019<em>Antimanuel de psychologie<\/em> (Br\u00e9al, 2009), c\u2019est qu\u2019au lieu d\u2019h\u00e9riter de notre identit\u00e9, nous nous retrouvons somm\u00e9s de la choisir. Ce choix est constant, intense et douloureux\u2026 \u00bb Pendant longtemps, les individus se sont conform\u00e9s \u00e0 un destin d\u00e9fini par leur naissance : classe sociale, m\u00e9tier transmis de p\u00e8re en fils, r\u00f4le pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 en fonction de leur sexe, de leur place dans la famille, de leur religion\u2026 Chacun suivait les injonctions de la soci\u00e9t\u00e9, pour en assurer la coh\u00e9sion et l\u2019\u00e9quilibre, sans qu\u2019il ne soit jamais question d\u2019un quelconque \u00e9panouissement individuel librement d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les r\u00e9volutions et la d\u00e9mocratie sont pass\u00e9es par l\u00e0. En d\u00e9cr\u00e9tant la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9, elles ont individualis\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9, et donn\u00e9 \u00e0 chacun la responsabilit\u00e9 de son d\u00e9veloppement personnel et de son propre bonheur. Et la possibilit\u00e9 de choisir tout ce qui, jusqu\u2019alors, lui \u00e9tait impos\u00e9. \u00c0 nous, d\u00e9sormais, de trouver le moyen de devenir des \u00eatres libres, \u00e9panouis, harmonieux, d\u00e9velopp\u00e9s. Les t\u00e9moignages des Berlinois de l\u2019Est, projet\u00e9s sans pr\u00e9paration dans la profusion de l\u2019Ouest au moment de la chute du mur, le 9 novembre 1989, le montrent avec \u00e9motion : \u00ab Nous ne savions plus o\u00f9 donner de la t\u00eate, ni quoi faire de toutes les possibilit\u00e9s qui s\u2019ouvraient \u00e0 nous, se souvient Helmut, \u00e2g\u00e9 d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Tous nos rep\u00e8res \u00e9taient chang\u00e9s. Il m\u2019a fallu du temps pour d\u00e9cider ce qui \u00e9tait bon pour moi et ce qui ne l\u2019\u00e9tait pas. C\u2019est compliqu\u00e9, la libert\u00e9, quand on n\u2019a pas l\u2019habitude. \u00bb \u00ab La libert\u00e9 est devenue un devoir, pas seulement une possibilit\u00e9, argumente la philosophe Michela Marzano, auteure notamment d\u2019Extension du domaine de la manipulation, de l\u2019entreprise \u00e0 la vie priv\u00e9e (Grasset, 2008). Mais en devenant une contrainte, elle se vide de son sens ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous voil\u00e0 donc, parfois, totalement d\u00e9pass\u00e9s par l\u2019infinit\u00e9 des possibilit\u00e9s de choix qui s\u2019off rent \u00e0 nous, et l\u2019\u00e9crasante responsabilit\u00e9 qu\u2019elle fait peser sur nos \u00e9paules. Au point de ne plus pouvoir rien d\u00e9cider du tout. Et m\u00eame de la voir parfois se transformer en aboulie : une maladie qui enferme ses victimes dans l\u2019incapacit\u00e9 chronique de contacter leurs d\u00e9sirs et d\u2019exprimer une volont\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;impression de jouer sa vie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors que nous \u00ab d\u00e9cidons \u00bb de continuer \u00e0 vivre (premier choix d\u2019entre tous\u2026), nous n\u2019avons, en r\u00e9alit\u00e9, pas d\u2019autre possibilit\u00e9 que de choisir. \u00ab Choisir de ne pas choisir, c\u2019est encore faire un choix \u00bb, affirmait le philosophe et \u00e9crivain Jean-Paul Sartre (In <em>L\u2019existentialisme est un humanisme<\/em> de Jean-Paul Sartre &#8211; Gallimard, \u201cFolio essais\u201d, 1996)\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment faire, alors, pour ne pas se perdre dans la jungle de nos libert\u00e9s, et se d\u00e9cider en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ? Choisir s\u2019apprend, non seulement dans l\u2019enfance, mais aussi tout au long de la vie. Puisque celle-ci n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une succession de choix \u00e0 faire : \u00e9tudes, m\u00e9tier, conjoint, lieu et mode de vie ; avoir des enfants ou pas, et comment les \u00e9duquer\u2026 Autant d\u2019\u00e9tapes qui signent notre avanc\u00e9e dans la vie adulte. Et qui, de fait, nous mettent souvent dans des situations angoissantes, o\u00f9 nous avons l\u2019impression de jouer notre vie. Les cabinets des psys sont remplis de couples qui viennent demander de l\u2019aide pour se \u00ab rechoisir \u00bb ou se \u00ab d\u00e9choisir \u00bb ; les coachs font fortune en proposant d\u2019accompagner les plus perdus dans la cr\u00e9ation de leur propre identit\u00e9, visuelle, corporelle ou professionnelle. Les sp\u00e9cialistes en relations humaines imaginent des \u00ab carrefours de carri\u00e8re \u00bb et autres bilans de comp\u00e9tences, pour nous aider \u00e0 savoir o\u00f9 nous en sommes et, surtout, vers o\u00f9 nous pouvons ou devons aller. En perdant de vue, souvent, la question centrale du choix identitaire : avant de trouver quoi choisir, peut-\u00eatre faut-il savoir qui je suis et ce que je veux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La perte de rep\u00e8res collectifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab C\u2019est le probl\u00e8me majeur des personnes que je re\u00e7ois, assure Philippe Esnault, coach en ressources sociales. Elles cherchent avec insistance, et souvent dans un sentiment d\u2019urgence, la \u201cmeilleure solution\u201d. Elles veulent tailler l\u2019arbre, sans tenir compte de la for\u00eat \u00e0 laquelle il appartient. Ni du terrain sur lequel il est enracin\u00e9, ni du temps qu\u2019il lui a fallu et qu\u2019il lui faut pour se d\u00e9velopper\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Serge Hefez le confirme, lui aussi : \u00ab C\u2019est difficile de se dire que tout d\u00e9pend de son moi. Surtout lorsque l\u2019on se repr\u00e9sente celui-ci comme libre des normes sociales, familiales, culturelles. Le mythe de l\u2019individu moderne, c\u2019est qu\u2019il doit \u00eatre libre de toutes ces contraintes. Mais c\u2019est impossible. \u00bb C\u2019est ce que le sociologue Alain Ehrenberg appelle joliment \u00ab la fatigue d\u2019\u00eatre soi \u00bb : aujourd\u2019hui, en l\u2019absence de toute r\u00e8gle \u00e9tablie, chaque individu d\u00e9pense une \u00e9nergie consid\u00e9rable \u00e0 tenter de d\u00e9finir les siennes, qui pourraient lui redonner une consistance. Et \u00e0 poser ses propres choix, puisque plus personne n\u2019est l\u00e0 pour d\u00e9cider \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Coachs, psys, philosophes, sociologues, tous s\u2019accordent sur un point : pour parvenir \u00e0 choisir, il faut se brancher sur son d\u00e9sir. Retrouver le socle profond qui constitue nos fondations, au lieu de se perdre dans l\u2019\u00e9cume des envies, sans cesse agit\u00e9e par les milliers d\u2019informations paradoxales dont nous bombarde le quotidien, et le syst\u00e8me de surconsommation qui nous enjoint de changer tr\u00e8s vite et tr\u00e8s souvent d\u2019avis. C\u2019est en r\u00e9tablissant le contact avec ce d\u00e9sir profond, et en lui faisant confiance, que nous pouvons reprendre les r\u00eanes de notre destin, et \u00eatre capables de faire des choix dans une relative s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Sans oublier d\u2019accepter, avec cette m\u00eame confiance, que nos d\u00e9cisions peuvent ne pas \u00eatre les bonnes. Et que la plupart d\u2019entre elles ne sont pas vitales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Se tromper n\u2019est pas g\u00e2cher sa vie, rappelle Serge Hefez. On a beau s\u2019efforcer de faire le \u201cmeilleur\u201d choix, la mani\u00e8re dont les liens amoureux, conjugaux, professionnels, sociaux se fa\u00e7onnent finit toujours par nous \u00e9chapper. \u00bb M\u00eame si c\u2019est difficile \u00e0 admettre, il semble que la mani\u00e8re la plus sage de rendre nos choix moins douloureux soit d\u2019accepter que, finalement, une grande partie de leurs cons\u00e9quences nous \u00e9chappe !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un m\u00e9canisme complexe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les recherches en sciences cognitives montrent que nous prenons toutes nos d\u00e9cisions en deux temps, que ce soit pour choisir le parfum d\u2019une glace ou la personne avec qui faire des enfants. D\u2019abord, nous examinons les options disponibles, ce qui nous permet d\u2019\u00e9liminer, assez rapidement, de nombreuses possibilit\u00e9s. Ensuite, nous comparons les options restantes : c\u2019est l\u00e0 que tout se complique. Plus le choix nous semble important, plus nous essayons de le rationaliser. C\u2019est la fameuse m\u00e9thode d\u2019une colonne \u00ab pour \u00bb, une colonne \u00ab contre \u00bb. Qui permet de consid\u00e9rer les choses avec clart\u00e9, mais pas de trancher ! Sans doute parce que, dans un choix, un certain nombre de facteurs \u00e9chappent \u00e0 la raison : peur du risque, besoin de certitude, crainte de se sentir enferm\u00e9, m\u00eame dans un bon choix ! Quant aux d\u00e9cisions prises en groupe, on sait depuis longtemps qu\u2019elles sont toujours plus extr\u00eames que lorsqu\u2019elles sont prises individuellement : l\u2019histoire en regorge de preuves\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nos remerciements \u00e0 Laurent B\u00e8gue, chercheur en psychologie sociale<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des petites d\u00e9cisions du quotidien aux grandes r\u00e9solutions qui peuvent tout bouleverser, la vie n\u2019est qu\u2019une succession de choix \u00e0 faire. 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