Liens entre les enseignements spirituels anciens et les découvertes scientifiques modernes

Sagesse ancienne et science moderne

Le ciel étoilé fascine l’humanité depuis toujours. Notre quête de compréhension de l’univers unit sagesse ancienne et science moderne. Explorons les liens passionnants entre ces deux domaines.

La science moderne fait écho aux enseignements spirituels millénaires. La physique quantique révèle une réalité interconnectée, similaire aux philosophies orientales. Les neurosciences prouvent les bienfaits de la méditation sur notre cerveau.

Ces convergences nous poussent à repenser le lien entre spiritualité et science. Malgré les tensions, des ponts se créent entre ces deux mondes.

L’astrophysicien Hubert Reeves affirme que la science n’a pas effacé la fonction religieuse. Cette synergie ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre notre monde et nous-mêmes.

Points clés à retenir

  • La science et la spiritualité partagent une quête de compréhension de l’univers
  • Des parallèles existent entre certaines découvertes scientifiques et enseignements anciens
  • La physique quantique révèle une réalité interconnectée, en écho à des philosophies orientales
  • Les neurosciences valident l’impact positif de pratiques méditatives millénaires
  • Des tensions persistent, mais un dialogue fructueux émerge entre science et spiritualité
  • Cette synergie ouvre de nouvelles perspectives pour notre compréhension du monde

Introduction : La quête de compréhension à travers les âges

histoire des sciences

La science et la philosophie sont liées dans notre quête de sens. Depuis l’Antiquité, les penseurs cherchent à comprendre le monde. Cette soif de savoir a façonné notre vision de l’univers.

La philosophie est une activité rationnelle et un mode de vie. La logique, l’éthique et la métaphysique ont émergé comme des branches fondamentales. Elles ont posé les bases de notre réflexion actuelle.

Les philosophes ont appliqué leurs concepts dans la vie quotidienne. Cette approche pratique s’est mêlée à une quête intellectuelle plus abstraite. Cela a créé une tension féconde entre théorie et pratique.

La philosophie n’est pas un savoir figé, mais une réflexion constante sur les connaissances disponibles.

L’histoire des sciences a connu des périodes révolutionnaires. Ces changements ont nourri le dialogue entre science et spiritualité. De nouvelles perspectives sur notre compréhension du monde se sont ouvertes.

La quête de sens se poursuit encore aujourd’hui. Les découvertes modernes font écho aux enseignements spirituels anciens. Cela nous pousse à repenser notre rapport au savoir et à la vérité.

Les fondements philosophiques de la science antique

Aristote et la philosophie antique

La philosophie antique a posé les bases de notre science actuelle. Les penseurs grecs, arabes et médiévaux ont façonné notre vision du monde naturel. Leur héritage reste crucial pour comprendre la science moderne.

L’héritage grec : Aristote et la philosophie naturelle

Aristote a établi les fondements de la méthode scientifique. Son approche basée sur l’observation et la logique a influencé la pensée occidentale pendant longtemps. Il a classé les sciences en catégories, une pratique que nous suivons encore.

La contribution des penseurs musulmans

Avicenne et Averroès ont transmis le savoir grec. Leurs commentaires des textes antiques ont enrichi la pensée médiévale. Avicenne a développé une théorie de la connaissance influente en médecine et psychologie.

Averroès a approfondi la logique aristotélicienne. Leurs travaux ont créé un pont entre les mondes grec et médiéval.

La synthèse médiévale : Thomas d’Aquin

Thomas d’Aquin a tenté de concilier foi et raison. Il a intégré la philosophie d’Aristote dans la théologie chrétienne. Son travail a posé les bases de l’approche scientifique moderne.

La science se développe en Occident au travers de travaux basés sur des faits, argumentation, et méthodes variées comme l’observation, l’expérience, et la logique de déduction ou d’induction.

Cette évolution de la pensée a jeté les bases de notre approche scientifique moderne. Elle montre comment les idées se transmettent à travers les époques et les cultures.

L’émergence de la méthode scientifique moderne

La révolution scientifique du 17e siècle transforme notre vision du monde. Elle donne naissance à la méthode expérimentale, base de la science moderne. En 1604, Galilée établit la loi de la chute des corps, première loi de dynamique moderne.

L’empirisme gagne en importance. Les savants favorisent l’observation et la vérification par l’expérience. Isaac Newton incarne cette révolution scientifique. En 1687, ses Principes mathématiques établissent des lois physiques durables.

La méthode scientifique devient un outil universel. Elle s’applique à tous les domaines du savoir. Cette approche objective rompt avec les connaissances subjectives du passé.

Elle se base sur des hypothèses, leur vérification expérimentale et l’élaboration de théories. Cette méthode permet d’explorer la nature dans sa complexité.

La science ne cherche pas seulement à décrire les phénomènes, mais à en comprendre les causes profondes.

Les scientifiques créent des lois générales pour expliquer les liens entre phénomènes simples. Cette approche ouvre la voie à des découvertes majeures.

Parallèles entre cosmologies anciennes et théories astrophysiques actuelles

La cosmologie moderne et les traditions spirituelles anciennes s’intéressent à l’origine de l’univers. L’astrophysique actuelle offre des perspectives proches de certaines conceptions ancestrales. Ces similitudes nous poussent à réfléchir sur notre compréhension du cosmos.

Le concept d’univers cyclique dans les traditions orientales

Les traditions orientales parlent depuis longtemps d’un univers cyclique. Cette idée se retrouve dans certaines théories scientifiques d’aujourd’hui. Le bouddhisme décrit des cycles de création et destruction, comme les modèles d’univers oscillants des physiciens.

La théorie du Big Bang et les mythes de création

La théorie du Big Bang ressemble à certains récits de création. Elle parle d’un univers naissant d’un point, comme les mythes d’un cosmos sortant du néant.

Le rayonnement fossile, découvert en 1956, a confirmé cette théorie. Il offre un parallèle scientifique aux récits ancestraux sur la naissance de l’univers.

Les multivers et les conceptions bouddhistes de réalités parallèles

Le concept de multivers en astrophysique ressemble aux idées bouddhistes. Le bouddhisme parle de réalités parallèles multiples. La cosmologie quantique étudie aujourd’hui cette idée avec des modèles mathématiques complexes.

Ces convergences nous invitent à repenser notre vision du cosmos. Elles montrent l’intérêt d’un dialogue entre différentes formes de savoir. Cela ouvre de nouveaux horizons sur notre place dans l’univers.

Sagesse ancienne et science moderne : convergences inattendues

La science et la spiritualité se rapprochent de façon fascinante. Des découvertes scientifiques récentes font écho à certains enseignements traditionnels. Ces liens créent des ponts inattendus entre ces domaines.

Les neurosciences révèlent les bienfaits de la méditation sur le cerveau. Ces résultats rappellent l’importance de la contemplation dans les traditions spirituelles. La physique quantique résonne avec d’anciennes visions holistiques de l’univers.

L’écologie moderne redécouvre la vision interconnectée des cultures autochtones. Le biomimétisme s’inspire des solutions naturelles, rappelant l’observation attentive prônée par la sagesse traditionnelle.

Ces convergences n’équivalent pas science et spiritualité. Elles invitent à un dialogue enrichissant entre ces approches complémentaires. Une étude récente montre que ce dialogue peut stimuler l’innovation et la recherche.

La rencontre entre sagesse ancienne et découvertes scientifiques ouvre des horizons passionnants pour l’avenir de la connaissance.

Cette convergence souligne l’importance d’une approche ouverte face aux défis actuels. Elle nous invite à explorer diverses sources de savoir. Ainsi, nous pouvons enrichir notre compréhension du monde et de nous-mêmes.

La physique quantique et les enseignements spirituels

La physique quantique révèle des vérités fascinantes sur notre réalité. Ses découvertes font écho à d’anciens enseignements spirituels. Examinons ces parallèles captivants qui enrichissent notre vision du monde.

Non-localité quantique et interconnexion universelle

La non-localité quantique suggère une profonde interconnexion de l’univers. Cette idée rejoint la vision d’unité présente dans de nombreuses traditions spirituelles.

Le Tao, décrit par Lao Tseu comme source de l’univers, trouve un écho dans la théorie quantique. Ces concepts partagent une vision similaire de l’interconnexion universelle.

Le rôle de l’observateur dans la réalité quantique et la conscience

En physique quantique, l’observateur joue un rôle crucial dans la réalité. Cette notion rappelle l’importance de la conscience dans plusieurs traditions spirituelles.

La conscience dans le paradigme quantique révèle des principes fondamentaux. Ces principes semblent gouverner tous les phénomènes quantiques.

Intrication quantique et concepts de non-dualité

L’intrication quantique évoque les concepts de non-dualité des philosophies orientales. Ce phénomène montre comment des particules restent connectées, quelle que soit la distance.

La maxime taoïste « L’Un engendre le Deux » illustre cette unité fondamentale. Elle rappelle la dynamique entre matière et antimatière en physique quantique.

« Le Trois engendre les Dix Mille » – cette vision taoïste résonne avec l’évolution observée par la physique quantique, des quarks aux étoiles.

Ces convergences ouvrent des perspectives passionnantes sur notre compréhension du monde. Elles invitent à un dialogue enrichissant entre science et spiritualité.

Ce dialogue peut nous aider à mieux comprendre notre place dans l’univers. Il peut aussi nous guider vers une vision plus unifiée de la réalité.

Neurosciences et pratiques méditatives : un dialogue fructueux

Les neurosciences et la méditation sont en pleine conversation. Des études montrent les bienfaits de la pleine conscience sur notre cerveau. La méditation régulière favorise la plasticité cérébrale, permettant au cerveau de s’adapter.

Google et Facebook ont déjà mis en place des programmes de pleine conscience. Ces initiatives s’appuient sur des recherches solides. Elles montrent les avantages de la méditation sur le stress et le bien-être au travail.

La technique MBSR est particulièrement intéressante. Créée par Jon Kabat-Zinn, elle propose un protocole de huit semaines. Son but est de réduire le stress grâce à la méditation.

Cette approche laïque est accessible à tous. Elle ne demande pas d’adhérer à une doctrine spirituelle spécifique.

La mindfulness permet de développer un nouvel espace intérieur, d’éviter le mode « pilote automatique » et d’offrir une marge de manœuvre dans le rapport à soi, aux autres et au monde.

La méditation régulière change notre relation à nous-mêmes et au monde. Elle nous aide à prendre conscience de nos émotions et pensées. Ainsi, nous réduisons notre stress et nos réactions automatiques.

Cette approche ouvre de nouvelles perspectives. Elle améliore notre bien-être personnel et professionnel.

Écologie et vision holistique du monde : retrouver l’harmonie avec la nature

L’écologie nous pousse à repenser notre lien avec la nature. Elle s’inspire de la sagesse autochtone et propose une vision globale. Nous redécouvrons l’importance de vivre en harmonie avec notre milieu.

Sagesse autochtone et gestion durable des ressources

Les peuples autochtones ont géré les ressources naturelles de façon durable. Leur sagesse nous apprend à respecter la Terre et à préserver l’équilibre écologique. Ces idées se retrouvent dans les pratiques modernes de conservation.

L’hypothèse Gaïa et les anciennes conceptions de la Terre-Mère

James Lovelock a formulé l’hypothèse Gaïa, qui voit la Terre comme un système autorégulé. Cette idée rappelle les anciennes visions de la Terre-Mère dans diverses cultures. Elle souligne le lien entre tous les êtres vivants et leur environnement.

Biomimétisme : s’inspirer de la nature pour innover

Le biomimétisme s’inspire des solutions trouvées par la nature. Cette approche permet de créer des technologies durables et efficaces. Elle montre comment la science peut tirer profit de l’observation de notre milieu naturel.

L’écologie nous rappelle notre lien profond avec la nature. Une étude a révélé les bienfaits d’une simple balade dans la nature sur la dépression. Cette connexion est cruciale pour notre bien-être physique et mental.

La nature est notre meilleure alliée pour retrouver l’équilibre et l’harmonie dans nos vies.

Une vision globale nous guide vers un avenir plus durable. L’écologie nous aide à mieux comprendre notre place dans l’écosystème terrestre.

Les limites de la science et la persistance des questionnements existentiels

La philosophie des sciences nous fait réfléchir sur les limites de notre savoir. Malgré de grandes avancées, des questions clés restent sans réponse. Notre quête de sens va au-delà des explications rationnelles.

Les approches sociologiques actuelles reconnaissent la subjectivité dans les pratiques sociales. Cela remet en cause le positivisme qui niait l’importance de la subjectivité. Cette vision souligne l’aspect normatif des actions humaines.

La postmodernité a changé les sciences sociales. Elles visent maintenant des techniques fonctionnelles plutôt que des règles fixes. Ce changement soulève des questions sur notre compréhension de l’expérience humaine.

Le progrès ne se limite pas à l’accumulation de connaissances. Il englobe aussi notre compréhension du monde et de nous-mêmes.

Face aux limites scientifiques, une approche plus globale s’impose. Elle inclurait les aspects subjectifs et normatifs de la vie. Cette méthode pourrait éclairer nos questions existentielles persistantes.

Vers une nouvelle alliance entre science et spiritualité ?

Le dialogue science-religion connaît un fascinant renouveau. Les découvertes en astrophysique et cosmologie captent l’attention du public. La vision scientifique du monde évolue vers une « âme du monde ».

Le dialogue interreligieux et interdisciplinaire

L’approche intégrale vise à unir différentes formes de savoir. La physique quantique a changé notre compréhension de la réalité. Elle rejoint certains enseignements spirituels anciens.

Le bouddhisme trouve des échos dans les idées scientifiques modernes. L’interdépendance des phénomènes est un concept partagé.

Les défis éthiques posés par les avancées scientifiques

L’éthique scientifique devient essentielle face aux progrès technologiques. Les nouveaux mouvements religieux s’adaptent aux conditions actuelles. La société fait face à des croyances incertaines.

La cosmologie moderne ajoute une dimension temporelle en se rapprochant d’un mystérieux « commencement », alimentant l’intérêt pour une « religion cosmique » basée sur la nature.

La convergence science-spiritualité ouvre des perspectives passionnantes. Elle nous invite à repenser notre place dans l’univers. Notre rapport au savoir évolue aussi.

L’apport des traditions spirituelles à la recherche scientifique

Les traditions spirituelles inspirent la recherche scientifique. Elles stimulent l’innovation dans de nombreux domaines. L’Ayurveda, une pratique millénaire, influence aujourd’hui la médecine moderne.

L’Ayurveda reconnaît trois doshas qui affectent notre santé. Cette approche holistique inspire la médecine personnalisée. Des plantes comme l’Ashwagandha font l’objet d’études pour leurs bienfaits.

La méditation a prouvé son efficacité scientifique. Elle réduit le taux de cortisol et améliore la gestion du stress. Cela ouvre la voie à de nouvelles approches en santé mentale.

Des pratiques holistiques comme le Panchakarma inspirent des recherches. Elles allient sagesse ancienne et avancées scientifiques. Ces thérapies visent le bien-être global.

La science et la spiritualité ne sont pas opposées, elles se complètent pour une meilleure compréhension de notre monde.

Les traditions spirituelles enrichissent la recherche scientifique. Elles ouvrent de nouvelles perspectives pour l’innovation. Le progrès humain bénéficie de cette alliance.

Conclusion : Vers une sagesse intégrative pour le XXIe siècle

La science et la spiritualité convergent vers une sagesse intégrative plus riche. Cette nouvelle approche nous pousse à repenser notre rapport au monde. Elle ouvre des perspectives passionnantes pour relever les défis actuels.

Les avancées scientifiques font écho aux concepts des traditions spirituelles anciennes. Ce dialogue entre science et spiritualité offre des solutions aux problèmes modernes. Il nous aide à affronter les enjeux environnementaux, sociaux et existentiels.

Le chemin vers cette sagesse intégrative comporte des défis. La mondialisation a transformé notre rapport au savoir. Il faut préserver la diversité des approches tout en favorisant le dialogue.

Construisons un avenir où science et spiritualité s’enrichissent mutuellement. Cette collaboration bénéficiera à tous. Elle nous guidera vers une compréhension plus profonde de notre existence.

FAQ

Quels sont les principaux parallèles entre les cosmologies anciennes et les théories astrophysiques modernes ?

Des similitudes existent entre l’univers cyclique des traditions orientales et certaines théories scientifiques actuelles. On trouve des parallèles entre le Big Bang et les mythes de création. Les conceptions bouddhistes de réalités parallèles font écho aux théories des multivers.

Comment les neurosciences étudient-elles les effets des pratiques méditatives ?

Les neurosciences examinent les effets de la méditation sur le cerveau et la santé mentale. Elles analysent les bienfaits des pratiques méditatives. Un dialogue fructueux s’établit entre science et spiritualité dans ce domaine.

Quels sont les points communs entre la physique quantique et les enseignements spirituels ?

La non-localité et l’intrication quantique rappellent des enseignements sur l’interconnexion universelle. Le rôle de l’observateur en physique quantique soulève des questions philosophiques sur la conscience. Ces concepts font écho à certaines idées spirituelles sur la non-dualité.

Comment les traditions spirituelles peuvent-elles inspirer l’innovation scientifique ?

Les sagesses anciennes inspirent de nouvelles approches holistiques en science. Le biomimétisme, par exemple, s’inspire de la nature. Les traditions spirituelles contribuent ainsi au développement de la recherche scientifique.

Quels sont les défis à relever pour concilier science et spiritualité au 21ème siècle ?

L’approche intégrale vise à réconcilier différentes formes de connaissance. Les avancées scientifiques et technologiques soulèvent des enjeux éthiques importants. La science montre ses limites face aux grandes questions existentielles.

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Le temps qui passe, pourquoi ça nous fait peur ?

« Gagner du temps », « avoir le temps », « perdre du temps », « prendre son temps »… Autant d’expressions qui révèlent notre rapport au temps : parfois on en a trop et on ne sait pas quoi en faire, et parfois, on n’en a pas assez et on rêverait de rajouter des heures sur le cadran de l’horloge.

Notre rapport au temps est donc assez bizarre. Le temps est à la fois notre super ami car nous avons tous besoin de lui pour nous réaliser, pour grandir, murir, atteindre nos objectifs, construire nos vies… Mais lorsqu’il nous file entre les doigts, et que l’on aimerait rajouter 10h à sa journée pour profiter davantage de ses proches ou pour faire tout ce que l’on a à faire, le temps devient notre ennemi n°1.

Alors, on prend conscience que le temps est précieux car on n’est pas éternel. Et là, tout de suite, ça fait peur. Oui, le temps finit par nous angoisser, car on sait tous qu’un jour le compteur s’arrêtera de tourner. Et puis, inutile de se battre, l’issue du combat est toujours la même : les hommes meurent et le temps gagne. Triste constat, mais c’est comme ça et on n’a pas vraiment le choix.

Si vous aussi, vous vous demandez :

  • Comment faire pour ne plus être angoissé-e par le temps qui passe ?
  • Comment faire pour mieux gérer votre temps, ne plus le gaspiller en croyant que vous allez vivre 10 000 ans ? 
  • Est-on plus heureux si on accepte sans broncher notre condition de mortel-le ?
  • Comment arrêter d’avoir peur de la mort ?

Pascal, Sénèque et Heidegger devraient vous aider à y voir plus clair.

On fuit le temps qui passe pour ne plus penser à notre condition de mortel-le 

Le divertissement — Blaise Pascal,

Pascal part d’un constat simple : l’homme existe dans le temps et n’arrive jamais à se satisfaire du présent car il ne vit que dans ses souvenirs, ou ses projets. Autrement dit, on n’est jamais heureux à l’instant T (au moment où vous lisez ces mots par exemple), tout ce qui nous anime : ce sont nos jolis souvenirs ou nos projets futurs que l’on idéalise sans cesse. Pourquoi ? Parce que nous avons peur du présent.

Cette peur du présent nous empêche de vivre pleinement, alors on se réfugie dans le passé et, comme des fantômes « nous errons dans des temps qui ne sont point les nôtres », nous dit Pascal.

Alors, pour oublier cette angoisse temporelle, l’homme s’invente des passe-temps. C’est ce que Pascal appelle le divertissement (= détournement de l’essentiel par diverses occupations pour oublier le tragique de notre condition).

Dans les faits, la plupart de nos actions sont du divertissement : le travail, les sorties, les soirées entre amis… Car ces actions nous occupent, elles nous empêchent de réfléchir à nos vies, et nous évitent de nous retrouver seul face à nous-même, à gérer nos angoisses et nos peurs. Et selon Pascal, c’est le divertissement qui nous fait perdre le centre de notre existence et ce qui est réellement bon pour nous (pour lui, c’est Dieu).

Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux, de n’y point penser. – Pascal, Pensées, fragment 168.

Certes, le divertissement nous offre bonheur, plaisirs, joies, rires… Mais pour Pascal, ce bonheur est éphémère et illusoire, car le divertissement ne fait que nous distraire quelques minutes, quelques heures… Et après, on en est toujours au même point : perdu ou pas avancé. Ce n’est au final, qu’une perte de temps, une fuite. Et fuir le présent, c’est fuir le seul temps qui existe vraiment. Le seul qu’on a vraiment entre les mains et qui est si précieux.

Bon, on ne va pas être aussi radical que Pascal, mais la prochaine fois que vous faites quelque chose pour vous divertir, demandez-vous si c’est par besoin, par envie ou si, vous fuyez quelque chose.

 Le divertissement nous amuse, et nous conduit à la mort. – Pascal, Pensées, fragment 171.

Et si on se réappropriait le temps ?

Dompter le temps avec Sénèque –

Sénèque, c’est un vieux philosophe stoïcien, qui est né avant Jésus, et qui avait déjà réfléchi à tout ça. Et lui aussi, il part d’un constat simple : nous ne pouvons rien faire pour arrêter le temps qui passe. Mais pour le stoïcien, ce constat n’empêche pas une certaine maitrise de notre existence.

Dans De la brièveté de la vie, Sénèque nous invite à analyser notre existence, à faire le compte de nos années de vie, en supprimant les choses vécues trop superflues, et en se concentrant uniquement sur l’essentiel.

Le but ? Faire un bilan de vie pour remettre les choses à plat et mieux reprendre sa vie et son temps en main. (Vous devriez absolument lire la totalité du texte ci-dessous, c’est magnifique et ça fout une petite claque).

Sa conclusion : nous vivons comme si nous étions immortels, en oubliant que notre vie peut s’arrêter à tout moment. Conséquence : on pense que l’on aura toujours le temps. On remet nos projets à plus tard, et en attendant, on gaspille notre temps au lieu de vivre pleinement le présent. 

Difficile de croire que ce texte plein de lucidité fut écrit il y a plus de 2000 ans. Et pourtant, c’est justement cette lucidité que Sénèque cherche à nous transmettre : il dénonce notre passivité face au gaspillage de notre vie. Alors, après avoir réalisé nos erreurs, Sénèque nous invite à vivre selon une conduite philosophique, pour nous détacher de tout ce qui nous rend malheureux.

Mais comment faire ? D’abord il faut prendre conscience que l’on ne peut rien contre le temps qui passe. On n’est pas assez costaud, c’est tout. La seule chose qui nous appartient, c’est notre pouvoir de décision face à ce qui dépend de nous, c’est-à-dire, notre manière d’agir et d’utiliser notre temps (exemple : on ne peut rien faire contre la pluie, mais on peut choisir de mettre des bottes ; on n’y peut rien si on tombe malade, mais on peut choisir de rester positif, etc). Il faut donc s’écouter, et faire les choix qui sont en accord avec nous-même, de manière à ne pas gaspiller notre temps inutilement.

De plus, si Sénèque cherche à tout prix à nous faire accepter notre condition de mortels, c’est pour que nous soyons en paix avec le temps, mais surtout en paix avec la mort ; car c’est en étant en paix avec la mort que nous pourrons accomplir tous nos projets avec le plus de perfection possible. Et être à fond dans tout ce que l’on entreprend, c’est ce qui nous permet d’être suffisamment heureux et satisfaits sans avoir peur de mourir à chaque instant (car on sait déjà que la mort, c’est ce qui nous attend tous). 

Toute chose Lucilius, est à autrui, le temps seul, est à nous. – Sénèque, Lettre à Lucilius.

Pour exister pleinement, il faut se tourner vers la mort (promis, ce n’est pas glauque)

Devenons un « Être-pour-la-mort »  — Heidegger,

Heidegger, c’est un philosophe allemand du XXe siècle. Il a souvent été décrié à cause de ses relations ambigües avec le nazisme.

Difficile à lire et à comprendre, sa philosophie traite particulièrement de la « réalité humaine » : son concept fondamental c’est le Dasein, ce qui se traduit par « être-là » = l’existence, le fait d’exister qui désigne l’homme et sa temporalité (on est un « être » et on est « là », dans le temps).

Pour Heidegger, l’homme est temps. Ça a l’air bizarre comme concept, mais ça se tient. J’explique : dès que l’on naît, on est plongé dans une temporalité, on sait que l’on a du temps entre notre naissance et notre mort, mais on ne sait pas combien. La mort est donc une condition de notre vie, au même titre que la naissance. Nous sommes des êtres qui naissent et qui vont mourir — ce qu’Heidegger nomme : Être-pour-la-mort (ou Sein zum Tode, si vous parlez allemand).

Alors oui ok, on sait qu’on va tous mourir. Mais le problème, selon Heidegger, c’est qu’on ne pense jamais à la mort, on cherche toujours à s’en échapper. Pourquoi ? Parce qu’on a banalisé la mort.

Mais c’est qui « on » ? C’est la société, l’opinion commune, la doxa. Heidegger parle d’une « Dictature du On » qui au quotidien banalise la question de la mort. Quand on parle de la mort, on se dit « ce sont des choses qui arrivent, c’est comme ça » et on croit inconsciemment que ça n’arrive qu’aux autres. En agissant comme cela, on refuse de penser notre propre mort. Et refuser sa propre mort, c’est refuser les conditions de la vie ! Personne ne refuse sa naissance — de toute façon, on ne peut pas — alors pourquoi refuser la mort ?

Vivre en refusant la mort, c’est selon Heidegger, vivre de manière inauthentique car on se dérobe de nous-même, on n’accepte pas le contrat de la vie. Alors, pour vivre de manière authentique, il faut se défaire du discours de la « Dictature du on » : il faut accepter la mort, la réfléchir. C’est la seule manière d’avoir accès à l’authenticité de la vie.

 Avec la mort, le Dasein a rendez-vous avec lui-même dans son pouvoir-être le plus propre – Heidegger, Être et temps.

Avoir rendez-vous avec soi, c’est se chercher, se trouver et même se retrouver. Et c’est surtout être au rendez-vous avec ce qui donne du sens à notre vie : savoir ce qui nous est essentiel, savoir ce que l’on veut construire et faire du temps de vie dont nous disposons. 

Assumer son être-pour-la-mort, c’est se reconquérir soi-même. Alors certes, c’est un lourd combat, contre nous-même et contre les discours prônés par la société, mais c’est la seule manière de prendre sa vie et de jouir pleinement de notre liberté. 

Pour conclure…

Alors oui, le temps qui passe ça fait flipper. Ça nous fait prendre conscience de l’extrême fragilité de nos vies. Bien que personne ne sache ni le jour, ni l’heure, ni la façon dont il va mourir, la mort demeure la seule chose dont nous sommes tous sûrs. Mais ça, comme c’est difficile à digérer, on préfère tous ne pas y penser.

Pourtant, les philosophes s’accordent pour dire que seule la lucidité de notre condition de mortel-le nous permet d’être heureux, de vivre pleinement, et d’user correctement de notre temps sans le gaspiller.

Il faut alors arrêter de vivre dans ce combat permanent contre le temps. À ce sujet, la philosophie de l’Éternel Retour des Stoïciens, reprise par Nietzsche (dans Le Gai Savoir) est très inspirante : il s’agit d’être capable d’accepter que notre vie telle qu’on la vit puisse se répéter éternellement, avec nos joies, nos bonheurs comme nos déceptions et nos peines.

Si on en est capable, c’est que nous sommes heureux et épanouis dans nos vies. Et si ce n’est pas le cas, ne soyez pas désespérés, posez-vous les bonnes questions pour changer ce qui ne vous convient pas, de manière à être vraiment épanouis au quotidien.

Bonus — Nietzsche, Le Gai Savoir.

Et si un jour ou une nuit, un démon se glissait furtivement dans ta plus solitaire solitude et te disait : ” Cette vie, telle que tu la vis et l’a vécue, il te faudra la vivre encore une fois et encore d’innombrables fois ; et elle ne comportera rien de nouveau, au contraire, chaque douleur et chaque plaisir et chaque pensée et soupir et tout ce qu’il y a dans ta vie d’indiciblement petit et grand doit pour toi revenir, et tout suivant la même succession et le même enchaînement – et également cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et également cet instant et moi-même. Un éternel sablier de l’existence est sans cesse renversé, et toi avec lui, poussière des poussières ! 

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Le bonheur en philosophie

Le bonheur : définition philosophique. Comment aborder le bonheur en philosophie et en spiritualité ? Quelles sont les conditions du bonheur ? Comment être heureux ?

Thème central en philosophie, le bonheur peut être assimilé au bien-vivre, ou à « l’art de vivre » : c’est une morale, une éthique et un état d’esprit.

C’est aussi et surtout une quête commune à tous les hommes. Or le bonheur a ceci de paradoxal que plus on cherche à l’atteindre, plus on prend le risque d’être déçu et de souffrir.

Cultiver le bonheur est une chose complexe, tant il semble impossible d’atteindre un état de félicité stable et durable : la souffrance finit toujours par revenir.

A ce titre, le sage s’écartera de la recherche des plaisirs éphémères et de la jouissance immédiate, qui annoncent toujours des lendemains douloureux. Le bonheur est autre chose qu’une consommation de moments « sensuels » ; il ne peut se résumer à une accumulation hédoniste.

Au contraire, le but du philosophe sera d’atteindre un état durable de tranquillité d’âme, de paix, de sérénité et de foi en l’avenir. Un état d’autant plus difficile à obtenir que deux importants obstacles se dressent sur son chemin : la certitude de la mort et l’impermanence.

En effet, rien ne dure : ni la vie, ni les causes du bonheur. C’est la raison pour laquelle la recherche du bonheur pose aussi la question du savoir-mourir.

Entrons dans la définition philosophique du bonheur.

Le bonheur : définition philosophique

Dans le langage courant, le bonheur est un état de satisfaction et de joie, ponctuel ou durable. Il peut aussi être défini, par défaut, comme une absence de souffrance physique ou morale.

A l’origine, bonheur (« heur bon » ou « bon augure ») est synonyme de bonne fortune, de chance, de hasard favorable et bienvenu. Le bonheur aurait donc des causes extérieures : l’homme heureux serait avant tout un homme chanceux.

Le philosophe, lui, adoptera une autre définition. Voici donc une tentative de définition du bonheur.

Définition philosophique du bonheur : Le bonheur est un état global d’équilibre, de plénitude et de satisfaction raisonnée, dont les conditions sont avant tout intérieures.

Ainsi, le philosophe pourra raisonnablement se trouver heureux même si ses conditions de vie sont défavorables. Le bonheur est un bien à cultiver quelles que soient les circonstances.

En résumé, il y a donc un petit bonheur (bien décrit par l’expression « au petit bonheur la chance ») et un grand bonheur, stable et durable, issu de la raison du philosophe (parfois appelé eudémonisme).

Le bonheur chez les philosophes de la Grèce antique

La plupart des philosophes antiques définissent le bonheur comme la tranquillité de l’âme, ou ataraxie. Mais tous les courants philosophiques ne font pas état du même chemin pour y parvenir.

Le bonheur et sa définition chez les « idéalistes »

Pour Platon, le bonheur réside dans le monde des idées et des idéaux : c’est le Bien, le Beau, le Vrai, le Juste. C’est le fait de reconnaître et de tendre au respect de ces valeurs qui rend heureux.

Dans cette vision idéaliste, le bonheur consiste à cultiver, non pas les biens du corps, mais les biens de l’âme. Ainsi, seule la compréhension des valeurs de beauté, de vérité et de justice peut satisfaire l’âme de manière durable.

Le bonheur : définition philosophique chez les sceptiques

Chez les sceptiques, le bonheur (défini comme la tranquillité d’âme, la sérénité) peut être atteint par la suspension du jugement. En effet, selon les sceptiques, toute thèse peut être réfutée : il est donc vain de s’attacher à quelque raisonnement que ce soit.

C’est une invitation au doute, à l’humilité et à la prudence : une véritable éthique de vie.

Chez les cyniques

Pour les cyniques, le bonheur consiste à épouser le cours naturel des choses, en se détachant des normes sociales, des conventions, des superstitions, des postures et des raisonnements artificiels. C’est une éthique de vie radicale, presque anarchiste.

Chez les épicuriens

L’épicurisme est une véritable philosophie du bonheur. Pour Épicure, la vision du bien et le mal réside principalement dans la sensation de plaisir et de douleur : il est donc naturel que l’individu recherche le plaisir. Au-delà de ce matérialisme, Épicure appelle à fuir les désirs vains afin d’éviter toute déception. Il est partisan d’un mode de vie sobre, équilibré et raisonnable, loin de la superstition et de la débauche.

Ainsi, Épicure ne confond pas bonheur et hédonisme. Il appelle même à composer avec le malheur et la souffrance.

Remarque : Le bonheur chez les épicuriens se retrouve aussi dans la formule Carpe diem d’Horace, qui doit être comprise non pas comme une incitation à profiter aveuglément de la vie, mais un appel à ouvrir sa conscience pour saisir l’instant présent et le monde tel qu’il est. Une approche qui rejoint le texte suivant de Barjavel :

Chaque individu croit qu’il sera heureux demain, s’il est plus riche, plus considéré, plus aimé, s’il change de partenaire sexuel, de voiture, de cravate ou de soutien-gorge. Chacun, chacune attend de l’avenir des conditions meilleures, qui lui permettront, enfin, d’atteindre le bonheur. Cette conviction, cette attente, ou le combat que l’homme mène pour un bonheur futur, l’empêchent d’être heureux aujourd’hui. Le bonheur de demain n’existe pas. Le bonheur, c’est tout de suite ou jamais. Ce n’est pas organiser, enrichir, dorer, capitonner la vie, mais savoir la goûter à tout instant. C’est la joie de vivre, quelles que soient l’organisation et les circonstances. C’est la joie de boire l’univers par tous ses sens, de goûter, sentir, entendre, le soleil et la pluie, le vent et le sang, l’air dans les poumons, le sein dans la main, l’outil dans le poing, dans l’œil le ciel et la marguerite. Si tu ne sais pas que tu es vivant, tout cela tourne autour de toi sans que tu y goûtes, la vie te traverse sans que tu retiennes rien des joies ininterrompues qu’elle t’offre.
René Barjavel

Le bonheur : définition philosophique selon les stoïciens

Le bonheur est au coeur de la philosophie stoïcienne.

Pour les stoïciens, tout ce qui arrive est conforme aux lois cosmiques ; tous les événements sont liés, imbriqués et nécessaires ; tout est logique et ordonné. Par conséquent le bonheur consiste à accepter les choses telles qu’elles se présentent.

Il s’agit de ne plus se laisser atteindre par ce qui ne dépend pas de nous. C’est une invitation à abandonner l’illusion que nous pouvons maîtriser les choses. Les stoïciens appellent aussi à se préparer aux difficultés futures.

Le stoïcisme prône la sagesse, la tempérance, l’ataraxie et l’apatheia (« apathie », ici dans le sens d’impassibilité, d’absence de passion) : la maîtrise de soi mène au bonheur.

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont.
Epictète

Le bonheur dans le christianisme

Le christianisme est une histoire de souffrance et de libération de cette souffrance.

Dieu envoie Jésus pour libérer les hommes de leur culpabilité et leur donner la possibilité d’accéder à une vie heureuse :
Le royaume de Dieu est au-dedans de vous (Luc 17, 21).

Le royaume de Dieu, lieu de paix et de sérénité, est l’image même du bonheur : c’est le paradis perdu retrouvé, accessible seulement à ceux qui renoncent à eux-mêmes, à leur orgueil et leurs illusions.

Ici, la clé est l’Amour : la compréhension de cette loi divine fondamentale donne accès à la béatitude, à l’éternité et à l’immortalité.

Le bonheur : définition dans le taoïsme

Dans la vision taoïste, la source du malheur et de la souffrance réside dans les pensées subies, c’est-à-dire le mental déréglé :

Les pensées affaiblissent l’esprit.
Les désirs fanent le coeur.
Tao Te King, 12

Pour Lao Tseu, le malheur naît de notre incapacité à nous détacher de nos désirs égoïstes : nos souhaits, nos espoirs et nos envies de succès. Le désir de réussir crée la crainte de l’échec :

Espoir et peur sont des fantômes
qui naissent de la préoccupation de soi.
Tao Te King, 13

Lao-Tseu invite à se détacher de soi :

Quand nous ne voyons pas le soi comme soi,
qu’avons-nous à craindre ?
Vois le monde comme toi-même.

Tao Te King, 13

Lao-Tseu prône l’espérance et la confiance :

Fais confiance à la vie telle qu’elle est.
Aime le monde comme toi-même.
Tao Te King, 13

Le Maître observe le monde
mais fait confiance à sa vision intérieure.
Il laisse les choses aller et venir.
Son coeur est ouvert comme le ciel.
Tao Te King, 12

Le bonheur dans le bouddhisme

La souffrance et le bonheur constituent le fondement-même de la philosophie bouddhiste.

Selon le Bouddha, la souffrance marque la vie des êtres non éveillés. Elle caractérise l’existence conditionnée, c’est-à-dire changeante et prise dans le flux des phénomènes quotidiens.

La souffrance est alimentée par les Trois Poisons que sont l’ignorance (les illusions, la méconnaissance de l’origine et du fonctionnement de la souffrance), l’attachement (la soif ou convoitise) et l’aversion (antipathie, ou haine).

D’autre part, le bouddhisme énonce les Quatre Nobles Vérités : la souffrance, les causes de la souffrance, la possibilité de faire cesser cette souffrance, ainsi que le chemin qui mène à l’extinction de la souffrance.

Ce chemin, le « Noble Sentier Octuple », consiste en des pratiques de réflexion, d’action, de maîtrise de la pensée et de méditation, permettant d’éviter à la fois l’illusion du bonheur et la fatalité du malheur.

Cette « voie du milieu » conduira le méditant à la libération finale : le nirvana. Le nirvana est vacuité, vide de tout regret et de tout espoir : il est une forme de bonheur stable, une saine présence au monde.

Le bonheur : définition philosophique « par défaut »

Dans la droite ligne du bouddhisme, on peut définir le bonheur comme un état dénué de malheur et de souffrance.

Etre heureux consisterait alors en l’extinction des sources de la souffrance physique et psychique. Or, cette souffrance peut être causée par les autres (négligence, oppression…) ou par des éléments naturels non-maîtrisables (maladie incurable, caractère dépressif ou anxieux, trouble psychique…) :

  • Dans le premier cas, le bonheur consisterait en une lutte contre l’oppression, et s’obtiendrait par un engagement politique en faveur de la liberté, de la fraternité et du progrès. « Le bonheur est une idée neuve en Europe », disait le révolutionnaire Saint-Just.
  • Dans le second cas, l’accès au bonheur semble plus difficile puisqu’on ne peut agir sur les causes du malheur. Pourtant, même dans les cas les plus désespérés, la souffrance peut être atténuée, entre autres par le soutien et l’amour des autres.

En réalité, la définition du bonheur « par défaut » a ses limites. Il existe en effet des personnes qui sont heureuses même si elles sont oppressées, handicapées ou si elles souffrent, tout simplement parce qu’elles décident d’être heureuses.

Le bonheur : une perception subie ou choisie ?

Comment être heureux alors que nous souffrons et que les choses vont mal en nous, et/ou autour de nous ? Pour y parvenir, il faudra opérer une transformation profonde au sein même de notre psychisme.

Car bonheur et malheur proviennent avant tout des perceptions de notre cerveau. Ce dernier interprète les différentes situations que nous vivons à travers différents filtres, parmi lesquels nos instincts, nos penchants naturels, nos traits de caractère acquis, nos valeurs, nos intérêts et nos besoins (en particulier, selon Maslow, les besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime ou de reconnaissance).

Dans son sens commun, le bonheur peut donc donc être défini comme la constatation par notre cerveau (notre mental) que la situation vécue est conforme à ses attentes. L’optimum étant atteint, cela provoque un sentiment de satisfaction immédiate. Mais pour combien de temps ?

Dans les faits, l’optimum est rarement atteint. Il est rare qu’un individu soit satisfait sur tous les plans de son existence, et même s’il l’était, il éprouverait toujours la crainte que cette situation ne dure pas.

Le bonheur stable est donc à rechercher ailleurs.

Le bonheur : une quête de soi-même

Nous l’avons vu, notre psychisme porte un jugement spontané sur la situation vécue à l’instant T : c’est ainsi que nous pouvons expérimenter un état de plénitude (souvent éphémère) ou au contraire un sentiment de manque, de mal-être, de colère ou de désespoir.

Pour être heureux, il faut donc se libérer de nos jugements spontanés et subis, principalement dus à notre mental et à notre ego.

L’ego est ce qui porte les intérêts de l’individu : il constitue un mécanisme de survie indispensable. L’ego n’est donc pas à rejeter en tant que tel. Mais de fait, il est un obstacle au bonheur.

En effet, l’ego (dominé par les instincts et les règles sociales intériorisées, c’est-à-dire le ça et le surmoi de Freud) est source d’exigence, de peur, d’anxiété, de désir (ou « soif »), de rejet, de haine et de colère, autant de sentiments qui barrent le chemin du bonheur.

Pour être heureux, il faudra donc obligatoirement dépasser son ego.

Dès lors, le bonheur réside en un lâcher-prise qui consiste le plus souvent à prendre le contre-pied de nos penchants égoïstes ; ainsi :

  • le jugement fait place à l’acceptation,
  • la culpabilité fait place à l’amour de soi,
  • la peur et les faux espoirs font place à l’espérance,
  • la colère fait place à la tempérance et au pardon,
  • le rejet fait place à la compréhension, à la tolérance et à l’amour,
  • le désir fait place à la sobriété,
  • et de manière générale, les pensées subies font place à la raison, dans une tentative d’approcher la « Connaissance ».

Une véritable éthique de vie se dessine alors, qui permet à l’individu de sortir de l’illusion qu’il est le centre du monde. En considérant l’autre comme son égal, en acceptant l’ordre des choses, il abandonne toute ambition déréglée. Il reprend sa place dans le monde, toute sa place mais rien que sa place. Il accepte son destin et se place en recul, heureux de participer au grand mouvement cosmique, sans rien attendre ni espérer pour lui-même.

On retrouve ici l’ataraxie des philosophes antiques, les vertus catholiques, ou encore l’appel des religions et philosophies orientales à ne pas se laisser entraîner par son mental.

La connaissance de soi rend heureux

C’est par la connaissance de lui-même que le philosophe peut atteindre le bonheur.

En effet, l’individu heureux est celui qui réussit à identifier les causes de ses pensées négatives. Loin de se culpabiliser à leur propos, il comprend le mécanisme de son ego. Et, par un exercice de méditation ou simplement un recul suffisant sur lui-même, il laisse passer ses pensées spontanées sans s’y attacher.

Il se détache de son mental pour atteindre un nouvel espace, cette fois sans limite. Son être perd toute épaisseur, mais entre en fusion avec le Tout : il retrouve sa véritable nature, celle de l’être universel, qui n’a plus peur ni de la souffrance, ni de la mort ni du changement.

L’espérance : l’autre définition philosophique du bonheur

Nous l’avons dit plus haut, l’atteinte d’un bonheur stable et durable passe par l’acceptation du monde tel qu’il est.

C’est l’idée que le monde est, malgré les apparences, parfaitement ordonné, et que s’il y a désordre, il n’existe que dans notre esprit. C’est bien notre incapacité à comprendre qui fait obstacle à l’expérience du bonheur.

A ce titre, l’espérance est une valeur essentielle : loin de tout pessimisme, l’espérance est la confiance sincère et raisonnée dans l’ordre du monde et le mouvement universel.

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Le langage en philosophie

Le langage en philosophie

Dans cet article, je vais vous présenter la notion de langage. Je vais d’abord faire un point sur la manière dont on peut définir cette notion. Puis, je vais passer en revue quelques grandes questions possibles sur le langage en montrant comment on pourrait y répondre à l’aide d’auteurs classiques.

On peut définir le langage comme un système de signes ou ensemble de signes que l’on utilise pour communiquer ou exprimer des idées, des informations, des sentiments…

Mais qu’est-ce qu’un signe ?

Ferdinand de Saussure, linguiste suisse, montre qu’un signe est constitué de deux éléments complémentaires. Pour qu’il y ait un signe il faut, d’une part, un signifié et, d’autre part, un signifiant.

Le signifié c’est l’idée que nous avons en tête. Par exemple l’idée de chat ou de table.

Le signifiant c’est la forme sensible ou l’aspect matériel qui renvoie au signifié. Par exemple, le mot « chat » écrit sur le tableau, ou l’ensemble de son qui donne chat ou encore le geste qui renvoie à l’idée de chat en langue des signes.

Donc, vous l’avez compris, pour qu’il y ait réellement un signe, il faut qu’un signifiant (par exemple le mot « chat ») renvoie dans votre esprit à une idée correspondante. (l’idée de chat)

Si vous ne savez pas à quelle idée (ou signifié) le signifiant renvoie alors vous ne comprenez pas ce que votre interlocuteur essaie de vous dire. Par exemple si votre interlocuteur est allemand est vous parle de « Katze » ce signifiant fait signe pour vous vers l’idée ou signifié chat si et seulement si vous avez l’idée de chat et vous savez que ce signifiant « Katze » renvoie à l’idée de chat.

Imaginons que vous disiez quelque chose d’inintelligible en français du genre « dedulou ». Ceci n’est pas un signe car même s’il y a un élément matériel (quelque chose d’écrit ou un ensemble de sons) cela ne renvoie pas à une idée ou signifié dans votre esprit. Cela ne fait donc pas signe.

Mais, et j’en viens à la deuxième définition importante, il est très possible que cette ensemble de son « dédulou » ne soit pas un signe en français mais qu’il en soit un dans une autre langue.

Une langue c’est un système de signes propre à une communauté spécifique. Les humains ont tous un système de signes, mais ils n’ont pas le même. Ils ont des langues différentes.

Enfin, quand on use de la parole, c’est que l’on utilise une langue ponctuellement.

Quels sont les grands problèmes en philosophie qui peuvent être posés sur la question du langage ?   

– Premier sujet très classique : « Peut-on penser sans langage ? »

Petit rappel méthodologique au passage : sur ce sujet il y a trois éléments à définir lors de l’analyse du sujet.

  • « Langage » évidement, que j’ai déjà défini.
  • Le verbe, et ici plus précisément la forme en « Peut-on », est intéressante, j’en parlerai un peu après.
  • Mais surtout ici vous ne devez pas oublier de vous interroger sur le sens du verbe « penser » car en fonction du sens que vous donnez à ce terme la réponse au sujet peut être très différente.

Qu’est-ce que penser ? Si vous l’envisagez au sens large penser c’est avoir une activité psychique. Descartes définit la  pensée comme « tout ce que ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement en nous-mêmes ».

Alors, selon cette définition de Descartes, « penser », cela peut désigner toutes sortes d’activités psychiques comme avoir une idée, un sentiment, un doute, une volonté, une intuition ou encore une émotion qui serait accompagné de conscience. Donc, si on prend « penser » en ce sens, il va être plutôt facile de défendre que l’on peut penser sans langage.

En revanche, si vous prenez plutôt la définition de Platon qui va dire que la pensée c’est « le dialogue de l’âme avec elle-même » alors, en ce sens, il va être difficile de réellement penser ou dialoguer sans langage car pour dialoguer il faut des mots.

Voilà maintenant comment peut-on répondre à cette question ?

Une première manière de répondre pourrait être de dire avec Locke qu’il est effectivement possible de penser sans langage, car finalement le langage est essentiellement un moyen de communication.

Locke, philosophe anglais du 17e siècle, défend ainsi dans l’Essai sur l’entendement humain que les mots ne font qu’exprimer ou rendre publique des pensées qui existent déjà dans notre esprit. Le langage n’ajouterait rien à la pensée et ne jouerait aucun rôle dans sa formation. Ce serait en ce sens seulement un moyen.

A cette première thèse, on pourrait opposer la thèse de Hegel, philosophe allemand du 18e-19e siècle, qui au contraire défend qu’on ne peut penser sans langage car le langage est nécessaire pour former la pensée.

Hegel écrit ainsi : « C’est dans les mots que nous pensons. Nous n’avons conscience de nos pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons la forme objective, que nous les différencions de notre intériorité, et par suite nous les marquons d’une forme externe ».

On comprend ainsi que selon Hegel, Il n’y a pas de pensée sans mot car c’est le mot qui nous permet de clarifier notre pensée.

Ainsi le fait de ne pas réussir à formuler ses idées ne signifierait alors pas que nous manquons de mots mais que notre pensée est encore mal formée. Si nous cherchons nos mots c’est que l’idée n’est pas clairement formée.

Hegel s’oppose à l’idée qu’il y aurait une pensée ineffable c’est-à-dire qu’on ne pourrait pas dire ou nommer. Pour lui, la pensée qui ne trouve pas de mots est confuse et n’est pas encore à proprement parler une pensée.

Pour illustrer cette thèse, on peut penser au roman 1984 de George Orwell. Dans ce roman, Orwell dépeint une société soumise à un État totalitaire qui cherche à priver les individus de toute liberté. Or, précisément pour leur retirer toute liberté, le parti a décidé la création d’une nouvelle langue soi-disant simplifiée appelée « Novlangue ».

La thèse derrière la création de cette nouvelle langue est que si l’on fait disparaître certains mots (évidemment des mots plutôt subversifs comme liberté, justice ou encore révolte) en les regroupant sous un même mot commun, dans le roman il s’agit du terme « crimepensée », alors il sera peu à peu impossible d’avoir la moindre réflexion sur la liberté et la justice car il sera impossible d’en parler clairement.

Il serait alors nécessaire d’avoir des mots distincts pour pouvoir réellement penser certaines idées. Voilà pour ce premier sujet sur le langage en philosophie.

– Deuxième sujet sur le langage :  » Peut-on tout dire ? »

Ici, vous avez un sujet en « Peut-on » où les deux sens possibles du verbe vont être exploitables. En effet, on pourra à la fois traiter « Est-il possible » de tout dire ? et « A-t-on le droit ou est-ce bien de tout dire ?

Donc, dans un cas, on posera la question de la possibilité ; dans l’autre, on posera plutôt une question éthique : du type, est-ce bien de toujours tout dire ?

Bergson, philosophe français du 19e-20e siècle, montre pour sa part que le langage a des limites et qu’il ne nous permet pas réellement de tout dire.

Il dit ainsi :

« Nous ne voyons pas les choses mêmes; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. » Bergson, Le Rire

En effet, pour Bergson, le langage, parce qu’il a d’abord pour fonction de communiquer des informations, utilise des idées générales.

Par exemple, si je parle de ma colère, de mon amour ou de ma tristesse, il s’agit toujours d’un ressenti singulier qui peut être très différent de la colère d’une autre personne ou même de ma tristesse d’il y a 15 jours. Pourtant, je vais utiliser le même mot générique pour me faire comprendre. Je vais dire « je suis en colère ».

Or, pour Bergson, et c’est pour cela qu’il parle d’étiquettes, ce mot colère que j’utilise ne me permet pas de faire clairement comprendre à l’autre la singularité de mon ressenti. C’est en ce sens qu’on peut dire qu’il n’est pas possible de tout dire. Comment dire un ressenti singulier avec des mots par nature généraux ?

De même, si je parle de mon chien ou de mon bateau, ce sont pour l’autre des idées générales, il comprend « en gros » ce dont je parle, mais en utilisant ce mot, je ne dis rien de tout ce que ce chien ou ce bateau ont de singulier et de vraiment différents des autres pour moi.

Bergson montre ainsi que le langage a des limites et exprime souvent mal notre pensée, car pour être compris, nous devons sacrifier une bonne partie de ce que nos idées ou sentiments ont de singulier.

Néanmoins, on pourrait s’opposer à cette  thèse  en défendant que si les mots sont effectivement généraux, lors d’une conversation nous pouvons utiliser d’autres mots pour préciser ce que nous voulons dire.

Par exemple, dire « je suis en colère » peut effectivement sembler générique, mais cela peut conduire à un échange où des détails spécifiques peuvent être ajoutés, permettant ainsi de mieux saisir la singularité de mon émotion.

De  plus, on pourrait défendre à nouveau avec Hegel que si nous avons le sentiment de ne pas réussir à dire certaines choses,  même en précisant et développant nos pensées longuement c’est peut-être parce que nos idées sont confuses. Alors on pourrait défendre qu’il nous est possible de dire tout ce que nous pensons clairement.

Enfin, nous pourrions finalement défendre que quand bien même il serait possible de tout dire, il n’est peut-être pas souhaitable ou bien de le faire toujours.

Benjamin Constant, philosophe français du 18e-19e siècle, défend ainsi qu’il n’est pas toujours de notre devoir de dire la vérité. Selon lui, parfois, il faudrait même ne rien dire, voire mentir.

Vous l’avez compris la question sous-jacente ici est : Faut-il toujours dire la vérité ? Benjamin Constant défend sur ce point que même s’il est généralement mal de mentir, cela devient finalement un devoir si la personne qui nous interroge à de mauvaises intentions.

Faudrait-il dire la vérité à un assassin qui cherche une personne qui s’est réfugiée chez nous ? par exemple

Sans doute pas, car pour Benjamin Constant, « nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui. »

– Troisième sujet sur le langage : « Que peuvent les mots ? »

Ici c’est un sujet difficile et assez technique car c’est un sujet ouvert. C’est-à-dire que vous ne pouvez pas simplement répondre par oui ou par non. Il faut alors proposer des réponses et idéalement il faut que ces réponses s’opposent afin qu’il y ait un réel problème dans votre dissertation.

Ici, vous pourriez défendre avec Aristote que les mots permettent aux hommes de débattre, s’entendre et pourquoi pas de vivre en harmonie.

Aristote développe une philosophie finaliste. À ses yeux, chaque être par nature a une fin (un but) et la nature ne fait rien en vain. L’homme a donc par nature pour fin d’être un animal politique, c’est-à-dire qu’il est à la fois un être sensible animé par le désir, mais également un être rationnel qui possède le logos (la raison ou le discours) dans le but de pouvoir organiser la cité. L’homme est donc dit « politique » parce qu’il peut discuter du juste et de l’injuste, du bien et du mal afin de trouver un accord avec les autres. Cette capacité de débattre, et parfois de trouver un accord, est une condition nécessaire à l’instauration d’une vie en commun harmonieuse, et notamment à l’instauration d’une démocratie, car cela nécessite débat et possibilité d’accord par les mots.

A cela, on pourrait opposer, la thèse d’Hannah Arendt qui défend dans La Crise de la Culture, que le pouvoir des mots dépend de la place de celui qui parle dans la hiérarchie sociale. En ce sens, les mots en eux-mêmes n’auraient pas réellement de pouvoir, mais ce serait plutôt la hiérarchie sociale et donc celui qui les utilise qui leur donnerait du pouvoir. Avoir de l’autorité ce serait obtenir l’obéissance de l’autre sans violence et sans persuasion, simplement parce qu’il reconnaît que ma place supérieure dans la hiérarchie sociale est légitime

Voilà pour cet article, j’espère qu’il vous permettra de mieux cerner les grandes questions que vous allez rencontrer sur la notion de langage en philosophie.

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La connaissance de soi

Les fondements philosophiques de la connaissance de soi.

Est-il possible de vraiment se connaître soi-même ? Cette question, qui a traversé les âges, est au cœur de la philosophie et de l’introspection humaine. Elle nous confronte à la complexité de notre nature et au mystère de notre propre existence. À travers cet article, nous plongerons dans les profondeurs de cette quête universelle, explorant ses fondements philosophiques et découvrant comment la connaissance de soi peut éclairer notre chemin dans la vie.

Table des matières :

Origines Historiques de la Connaissance de Soi

La connaissance de soi a toujours été au centre des préoccupations des grands penseurs. Depuis l’Antiquité, philosophes, écrivains et artistes ont cherché à comprendre ce qui constitue l’essence de l’individu.

Socrate et l’Introspection : L’un des premiers philosophes à mettre l’accent sur la connaissance de soi était Socrate. Il proclamait que « Connais-toi toi-même » était la clé de toute sagesse. Pour lui, comprendre nos propres motivations, désirs et craintes était essentiel pour vivre une vie vertueuse. Socrate croyait que l’introspection , ou l’examen minutieux de nos pensées et actions, était le chemin vers cette connaissance.

Le Bouddhisme et la Méditation : Dans les traditions orientales, la connaissance de soi est étroitement liée à la méditation. Le Bouddha a enseigné que par la méditation, on peut atteindre un état de pleine conscience, où l’on prend conscience de chaque pensée, sentiment ou sensation sans jugement. Cette pratique offre une perspective unique sur la nature de l’esprit et permet une introspection profonde.

La Psychologie Moderne et la Quête de Soi

Avec l’avènement de la psychologie moderne, la connaissance de soi a pris une nouvelle dimension. Les psychologues ont commencé à explorer les profondeurs de l’esprit humain, utilisant des méthodes scientifiques pour comprendre nos comportements, pensées et émotions.

Freud et l’Inconscient : Sigmund Freud a introduit le concept de l’inconscient, suggérant que de nombreux aspects de notre personnalité sont cachés à notre conscience. Pour lui, la connaissance de soi nécessitait une exploration de ces régions obscures de l’esprit. À travers la psychanalyse, Freud a cherché à dévoiler ces secrets cachés, offrant une nouvelle perspective sur la connaissance de soi.

La Psychologie Positive et le Bien-être : Dans les temps modernes, la psychologie positive, initiée par des penseurs comme Martin Seligman, a mis l’accent sur l’importance de la connaissance de soi pour le bien-être général. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les aspects négatifs ou les troubles mentaux, la psychologie positive cherche à comprendre ce qui nous rend heureux et épanouis.

Pourquoi la Connaissance de Soi est Cruciale Aujourd’hui ?

Dans un monde en constante évolution, où l’information est omniprésente et les distractions abondent, la connaissance de soi est plus importante que jamais. Elle nous offre une ancre, un sens de stabilité face aux tempêtes de la vie moderne.

Naviguer dans un Monde Complexe : Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une multitude de choix, que ce soit dans notre carrière, nos relations ou notre mode de vie. La connaissance de soi nous permet de prendre des décisions éclairées, en accord avec nos valeurs et nos aspirations.

Gérer le Stress et l’Anxiété : La connaissance de soi nous offre également des outils pour gérer le stress et l’anxiété. En comprenant nos réactions émotionnelles, nous pouvons développer des stratégies pour faire face aux défis de la vie avec résilience et grâce.

La connaissance de soi est une quête qui a traversé les âges, offrant des perspectives précieuses à ceux qui cherchent à comprendre la nature humaine.

Qu’il s’agisse des enseignements de Socrate, des pratiques méditatives du Bouddhisme ou des découvertes de la psychologie moderne, cette quête continue d’éclairer notre chemin à travers la vie.

Les Outils Contemporains pour Approfondir la Connaissance de Soi

Alors que les méthodes traditionnelles d’introspection et de méditation restent inestimables, l’ère moderne nous offre également une gamme d’outils pour nous aider dans notre quête de connaissance de soi.

Tests de Personnalité : Des outils comme le test de Myers-Briggs ou l’Ennéagramme offrent des insights sur nos traits de personnalité, nos préférences et nos motivations. Bien qu’ils ne puissent pas capturer toute la complexité de l’être humain, ces tests peuvent servir de points de départ pour une introspection plus approfondie.

Journal Intime et Auto-réflexion : L’acte d’écrire régulièrement dans un journal peut être une méthode puissante pour gagner en clarté sur nos pensées et sentiments. Il offre un espace pour traiter les événements de la vie, poser des questions et explorer nos émotions.

La Connaissance de Soi et les Relations

La connaissance de soi ne se limite pas à une introspection solitaire. Elle joue également un rôle crucial dans la façon dont nous interagissons avec les autres.

Communication Efficace : En comprenant nos propres émotions et réactions, nous sommes mieux équipés pour communiquer de manière efficace et empathique. Cela peut conduire à des relations plus saines et plus épanouissantes.

Comprendre les Autres : Paradoxalement, en nous connaissant mieux nous-mêmes, nous pouvons également mieux comprendre les autres. Cela nous permet de développer de l’empathie et de la compassion, des qualités essentielles pour naviguer dans le monde interconnecté d’aujourd’hui.

Défis et Pièges de la Connaissance de Soi

Toutefois, la quête de la connaissance de soi n’est pas sans défis. Il est crucial d’aborder ce voyage avec une ouverture d’esprit et de reconnaître les pièges potentiels.

Éviter l’Auto-jugement : Il est facile de tomber dans le piège de l’auto-critique excessive. La clé est de s’approcher de soi avec curiosité et bienveillance, en reconnaissant que nous sommes tous en évolution.

L’Excès d’introspection : Trop d’introspection peut parfois nous rendre trop centrés sur nous-mêmes ou nous plonger dans une spirale d’analyse paralysante. Il est essentiel de trouver un équilibre entre la réflexion interne et l’engagement avec le monde extérieur.

Conclusion : L’Art de se Connaître Soi-même

La connaissance de soi est un voyage, pas une destination. C’est un processus en constante évolution qui nécessite du temps, de la patience et de la détermination. À chaque étape, nous découvrons de nouvelles facettes de nous-mêmes, des ombres auxquelles nous n’avions jamais prêté attention, des talents cachés qui attendent d’être explorés.

En fin de compte, se connaître soi-même est l’un des cadeaux les plus précieux que nous puissions nous offrir. Cela nous permet de vivre avec authenticité, de prendre des décisions alignées sur nos valeurs et de forger des relations plus profondes et significatives.

Alors, à vous qui lisez ces mots, je vous encourage à vous lancer dans cette quête passionnante. Car, comme l’a si bien dit le philosophe grec Aristote : « La connaissance de soi est le début de toute sagesse. »

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La haine dans le couple : ni avec toi, ni sans toi

« Ni avec toi ni sans toi mes maux n’ont de remède : avec toi parce que tu me tues, sans toi parce que je meurs. »

Dicton populaire espagnol.

Nous introduirons cet article par ce dicton populaire espagnol dans lequel le désespoir du protagoniste, qui ne trouve pas d’issue à sa relation amoureuse, est décrit de façon concise et frappante. S’exprimant à la première personne, le sujet sent que, s’il reste avec son objet d’amour, la situation finira par le détruire et que, s’il choisit de s’en séparer, il ne pourra pas survivre.

Les couples qui viennent nous demander de l’aide nous exposent souvent des situations qui nous rappellent ce dicton. Ni avec toi, ni sans toi. Impossible de partir, impossible de vivre ensemble. Comment interpréter cette espèce de paralysie relationnelle ?

À l’occasion des congrès de l’Association internationale de psychanalyse du couple et de la famille, à Barcelone (2008) et à Buenos Aires (2010), nous avons indiqué que, dans notre Unité « Couple et Famille » de la Fondation Vidal i Barraquer, nous travaillons sur le modèle anglo-saxon des relations d’objet appliqué au couple à partir des idées développées par Henry V. Dicks au Tavistock Marital Studies Institute (aujourd’hui devenu le Tavistock Centre for Couple Relationships).

L’une des principales contributions d’Henry V. Dicks a été d’introduire le concept de collusion dans le domaine de la pathologie conjugale. Par collusion, on entend l’accord inconscient qui organise une relation complémentaire dans laquelle chaque sujet développe des parties de soi dont l’autre a besoin et renonce à des parties qu’il projette sur son conjoint (Dicks 1967 ; Willi 1978 ; Pérez Testor, 2006). Ce mécanisme est fondé sur l’observation directe de l’interaction dynamique entre les membres d’un couple.

La théorie de la collusion nous permet d’approcher au plus près les difficultés du couple et de comprendre la complexité des conflits concernant les liens et la spécificité de leurs expressions. La célèbre phrase de Léon Tolstoï : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon » nous met en garde contre la difficulté de généraliser les situations pathologiques observées.

Nous visons à différencier certains groupes diagnostiques qui apparaissent dans la pratique clinique, en prenant pour base la symptomatologie des conjoints ainsi que les mécanismes psychodynamiques qui s’expriment dans les traits psychopathologiques défensifs et dans la structure de la personnalité.

La haine dans le couple

Si, dans la rue, on demandait à quelqu’un d’associer librement à partir du concept « couple », la première chose qui lui viendrait à l’esprit serait sans doute le mot « amour ». Mais si l’on posait cette question à un thérapeute de couple, le mot « haine » ne viendrait sûrement pas très loin derrière celui d’amour. Dans notre pratique clinique, nous voyons tous les jours les visages de la haine se développer dans les relations conjugales. L’amour et la haine se mélangent et interagissent dans la vie du couple (Kernberg, 1995). Bien souvent le négatif et le positif se rejoignent. Comme l’écrivait H. V. Dicks : « Le contraire de l’amour n’est pas la haine, le contraire de l’amour, c’est l’indifférence » (Dicks, 1967).

Jean-Georges Lemaire décrit cela avec beaucoup de précision :

« L’ambivalence qui définit tout lien affectif s’inscrit naturellement dans la relation amoureuse, même si elle est rejetée ou déniée dans ses premiers temps […]. Le compagnon est longtemps protégé contre le retour de cette ambivalence et l’aspect agressif, frustrant ou persécuteur est d’abord attribué à des éléments extérieurs : une scission dichotomique tend à adjuger cette disposition hostile à des tiers ou à des rivaux, dont le compagnon semble dépendre ou avoir dépendu : son milieu, sa famille, les mauvaises influences, les mauvaises conditions biologiques ou sociologiques (travail, fatigue, etc.) dont il a été ou est la victime obligée. Mais le compagnon peut aussi être touché et être accusé de constituer un facteur de souffrance pour le Sujet, ou même d’être la cause et l’origine de cette souffrance. C’est ainsi que se traduit l’échec des premiers mécanismes de défense et des scissions moyennant lesquelles le compagnon a été protégé, jusqu’au moment du réveil de la pulsion de l’agression ».

(Lemaire, 1979)

Il existe pour Lemaire des conditions déterminantes, sous forme de dispositions psychopathologiques (structures borderline, souffrances traumatiques, aspects carentiels, etc.), mais le besoin de préserver des liens privilégiés avec d’autres membres de la famille qui ne doivent pas être menacés par la relation conjugale apparaît aussi fréquemment dans la clinique. Le sujet se défend de toute haine inconsciente à leur égard et, grâce à une formation réactionnelle, il leur attribue toutes les qualités. L’hostilité se retourne alors contre le conjoint et les affects de haine inconsciente se reportent sur lui.

Parfois cette haine, née de la projection de l’hostilité déniée envers une figure parentale et déplacée sur le compagnon, peut être secondairement élaborée dans « l’ici et maintenant » de la séance. Ainsi, des blessures d’enfance sont réparées permettant la réconciliation avec le partenaire. L’envie dans sa forme radicale et mortifère peut également être déviée du premier objet d’amour et se manifester contre le conjoint choisi inconsciemment parce qu’il s’y prête. Des mouvements d’oscillation, particulièrement instables, font alors leur apparition. Les manifestations de haine, de fureur et de persécution sont suivies de sentiments de culpabilité, de tendresse et de comportements de séduction qui permettent au compagnon de se restaurer et de prouver qu’il n’a pas été entièrement détruit par la colère destructrice de l’autre.

Avoir sous sa domination quelqu’un vers lequel on peut diriger sa haine est une façon de se débarrasser de ce sentiment. Mais le besoin d’un partenaire haïssable est trop grand pour que l’on prenne le risque de le perdre. Il faut que celui-ci subsiste et se restaure pour être en situation de recevoir la prochaine décharge de violence. Un grand niveau d’identification mutuelle doit alors être maintenu. Les identifications projectives jouent un rôle fondamental et permettent l’évacuation des aspects de soi que l’on refuse sur le conjoint, au risque que ce scénario se reproduise en miroir.

L’intimité des membres du couple repose donc sur leur inconscient, sur le partage d’une haine commune, qui peut survivre à la séparation, comme on l’observe parfois après le divorce (Lemaire, 1979). Cette haine peut en arriver à des extrêmes impensables comme, par exemple, dans Médée, la tragédie d’Euripide : Médée punit Jason en tuant les enfants qu’elle a eus avec lui (Davins, 2012). La mort du conjoint ne suffit pas toujours à mettre fin à la haine qui habitait le couple, haine dont le sujet avait besoin pour survivre. Dans certains cas, la mort du compagnon ne permet plus de canaliser les tendances persécutrices : le suicide paraît alors être la seule réponse possible.

Ce qui fait la différence entre un couple sain (où l’amour l’emporte sur la haine), et un couple pathologique (où la haine prime), c’est que le premier va adopter des défenses adéquates pour surmonter les conflits, tandis que le second va avoir recours à la violence, qui est la façon la plus rapide et efficace d’en terminer – provisoirement – avec un problème. L’élément le plus important concerne sans doute la capacité du couple à traiter de manière appropriée les vécus douloureux. Nous voulons parler ici de la fonction de contenance (Salvador, 2005). Les couples se trouvent donc face à une forme de paradoxe : ils doivent pouvoir inventer, jour après jour, une manière viable d’intégrer l’agressivité dans leur vie en commun.

Parler de haine dans le couple, c’est aborder une émotion complexe qui entraîne plusieurs réactions comportementales. La plus fréquente est sans doute la violence. D’emblée, il est difficile de définir ce qui est violent. En effet, la définition change selon le contexte social et, par conséquent, selon l’époque. Ce qui est jugé violent dans une société peut passer inaperçu dans une autre, voire être admis par le droit. Et ce qui a été légitimé à un moment donné peut ne pas l’être à un autre moment. Nous rappellerons un ouvrage qui a eu beaucoup de succès en Espagne, « Mi marido me pega lo normal », de Miguel Lorente, titre très explicite que l’auteur a tiré d’une entrevue avec une femme violentée. Alors qu’on lui demandait si son mari la maltraitait, la femme s’exclama : « Pas du tout, mon mari ne me bat pas plus que la normale ! » (Lorente, 2003).

De fait, la question des mauvais traitements infligés aux femmes est un phénomène qui fait l’objet de recherches scientifiques récentes, ce qui peut donner l’impression qu’il s’agit d’un problème actuel. Toutefois, les données dont on dispose prouvent que ce sujet a des précédents historiques et légaux. En Espagne la tolérance envers les violences faites aux femmes a suscité un grand débat social. Le consensus actuel est celui de la « tolérance zéro » face à ce type de comportement. Mais, malheureusement, comme nous le savons tous, cela n’empêche pas l’apparition de situations graves susceptibles d’entraîner la mort.

Les dynamiques et les conflits de la vie de couple sont souvent inextricables, enracinés dans des mouvements relationnels complexes. Tout incident, même unique, doit être pris au sérieux et écouté. Toutefois, ce qui caractérise une relation de violence proprement dite, c’est la réitération des attaques et la circularité des processus. Comme nous l’avons dit, il existe dans toute relation une certaine complémentarité, laquelle peut être pathologique ou problématique si les rôles de chacun des membres du couple deviennent rigides. Si la collusion qui s’est installée est implacable et si les comportements matures et régressifs sont presque toujours assumés par le même conjoint, il existe un risque de conflits puisque les formations psychiques transférées sur l’autre partenaire reviennent, décuplées, sur le Moi.

Vignette clinique

Nous présenterons le cas d’Ana et de Miguel dont les conflits rappellent beaucoup ceux de Marta et Javier qui ont été discutés dans un précédent travail (Perez-Testor et al., 2012).

Ces patients viennent en consultation pour parler de leurs « difficultés de communication ». Miguel est à l’initiative de cette démarche et Ana a accepté de venir, même si, lors de la première entrevue, elle affirme être très fatiguée et ne plus supporter les conflits qui surgissent constamment à la maison. Elle exprime une grande fatigue, montre du désespoir et elle menace de divorcer. Miguel ne parvient pas à comprendre la menace de sa femme. Il juge que c’est une réaction immature et infantile : « Comment peut-on songer à divorcer quand on a des enfants ? » Il estime que le mariage « c’est pour la vie entière » et il attend de nous que « nous aidions sa femme à comprendre la réalité de la vie adulte ».

Ils sont mariés depuis quinze ans et ont un fils de 10 ans. D’après Ana, Miguel est jaloux, aussi bien de ses amis hommes que de ses amies femmes. Lui se plaint du manque d’affection de son épouse et de son peu d’enthousiasme dans leurs relations sexuelles. Il ne supporte pas qu’elle sorte avec qui que ce soit. Il vérifie le courrier électronique d’Ana pour savoir ce qu’elle fait et inspecte aussi son téléphone portable pour savoir qui elle appelle. Il connaît les mots de passe de son ordinateur pour pouvoir entrer dans sa boîte de messages quand il le veut. Elle le laisse faire : « Je n’ai rien à cacher », dit-elle.

Cela fait quelques mois que Miguel a accentué son contrôle, au grand désespoir de sa femme. « C’est vrai, au début ça me flattait. Il voulait savoir tout ce que je faisais, il écoutait attentivement tout ce que je lui racontais. Il me donnait l’impression d’être importante pour lui. Mais maintenant, il ne me laisse pas respirer. »

Après une violente querelle Ana s’est installée avec son fils chez sa mère pendant quelques jours. « Je me souviens de son regard haineux quand il m’a poussée et de son désespoir quand je suis partie. » Elle a songé à porter plainte, mais elle ne veut pas lui nuire. « C’est normal, c’est le père de mon enfant. Je ne veux pas que mon fils sache ce que c’est que d’avoir son père en prison. Dans le fond, c’est quelqu’un de bien. Il se soucie de nous. Nous avons besoin de lui. »

La mère d’Ana lui a conseillé de ne pas revenir vivre avec Miguel car elle le trouve dangereux. Elle lui a proposé de rester vivre avec elle. Cette femme sait ce que c’est que vivre seule avec un enfant. Son mari (le père d’Ana) l’a abandonnée quand sa fille avait 12 ans.

Ana est retournée vivre au domicile conjugal sur l’insistance de Miguel. Elle se demande si elle est revenue parce qu’il lui faisait de la peine ou parce qu’elle avait besoin de lui. « Je ne comprends pas ce qui m’arrive… Je n’en peux plus… Il m’est insupportable de vivre avec lui, mais mon fils a besoin de lui… Nous ne pouvons pas vivre sans lui. »

Symptomatologie des membres du couple

Miguel est le membre du couple qui contrôle et veut dominer pour que l’autre soit sous son emprise et sa dépendance. Il veut commander dans sa vie sociale et professionnelle et il n’y arrive généralement pas en raison de la rigidité avec laquelle il agit. Cependant, dans certains domaines, ce défaut peut être un atout qui lui permet de se réassurer.

Dans la famille et dans le couple, il exige l’adhésion inconditionnelle de l’autre à ses attentes. Il parvient peut-être à obtenir une adhésion extérieure, mais regrette l’insubordination interne. Il attend de son épouse qu’elle se livre sans conditions, mais ne se sent pas contraint à la moindre réciprocité. Ana est obligée d’expliquer constamment ses moindres faits et gestes, sans rien passer sous silence. Miguel a toujours raison et il est pratiquement impossible de le sortir de son entêtement.

Les traits de personnalité symptomatiques qui le caractérisent sont les suivants : la rigueur, la ponctualité, une grande capacité de travail, la propreté, la correction et l’ordre dans la disposition des choses, l’épargne, etc. Ou bien tout le contraire : le manque de ponctualité, la paresse et la lenteur, etc.

Ana joue le rôle de la personne contrôlée ou passive et n’offre pas de résistance. Elle est régressive et agressive dans sa passivité. De fait, elle domine l’autre en se laissant apparemment dominer. Elle se laisse faire sans rien dire, mais sans conviction. Elle élude l’exigence de possession que Miguel voudrait avoir sur elle et elle le fait à la dérobée. Par exemple, elle garde de l’argent en cachette, elle ne fait pas bien le ménage, car elle sait que Miguel est obsédé par la propreté.

Psychopathologie du lien du couple et évolution du conflit

Ana représente la partie qui souhaite s’émanciper, et Miguel la partie conservatrice, dominatrice. Tous les deux ont le même fonctionnement obsessionnel qui signe leur collusion. Toutefois celui qui tend à l’autonomie a peur d’une vraie séparation et déplace ses craintes sur l’autre, sur le conservateur. Lorsqu’il constate que ce dernier ne le quitte pas, il se tranquillise. Par ailleurs, le conservateur projette ses fantasmes d’émancipation sur le membre le plus libre du couple et peut se sentir jaloux de ce que fait l’autre.

Miguel satisfait son besoin de passivité et de soumission à travers Ana, qui est dépendante. Le conflit surgit lorsque ce qui avait été déplacé ou projeté par la personne passive sur la personne active fait retour. C’est alors que Miguel se sent passif, prend peur, et accentue encore davantage son attitude dominatrice sur sa femme. Ana, qui a supporté longtemps la pression exercée par son mari, se sent alors étouffée et essaie d’être plus autonome, plus indépendante (comme elle croit que l’est Miguel) ; elle ne se laisse dominer qu’en apparence. Lui perçoit l’échec de sa stratégie et commence à se sentir seul. Il aspire à être lui-même autonome et émancipé, mais craint la séparation en raison du besoin qu’il éprouve d’exercer le contrôle. Cela provoque des difficultés dans les relations sexuelles, qui sont alors dénuées de spontanéité et marquées par un contrôle réciproque.

De plus, il est possible que l’un des deux partenaires cherche à avoir des relations extraconjugales afin d’affirmer son besoin d’autonomie et d’indépendance. L’autre devient jaloux et à tendance à vouloir surveiller le conjoint, si bien que celui qui cause la jalousie se sent désormais contrôlé, a encore plus envie d’être infidèle, indépendant ; par sa conduite, il stimule encore plus le contrôle de son compagnon qu’il désire par ailleurs dans son ambivalence obsessionnelle.

Type de collusion

Dans cette relation on retrouve une dépendance et un besoin d’emprise vécu de façon parasitaire. L’aspect masochiste se manifeste lorsqu’on se laisse torturer, mais pas seulement, puisqu’on transforme le tortionnaire en torturé grâce, par exemple, à une docilité apparente, un manque de volonté propre, qui sont exaspérants pour le partenaire : on est comme un pantin qui n’offre pas de résistance et que l’autre ne peut se vanter de dominer. On affronte le conflit avec une attitude de victime, avec sur le visage une expression qui parvient à faire sortir l’autre de ses gonds. Celui qui exerce la fonction sadique, qui tourmente, peut se sentir coupable face à celui qui se soumet sans résistance. Celui qui représente l’aspect masochiste dans le couple prend plaisir à se voir dominé et à dominer l’autre en même temps.

En raison de cette relation, Ana et Miguel sont en collusion permanente et chacun cherche à avoir le dessus sur le partenaire. Ils peuvent donner au thérapeute l’impression que toutes ces disputes, qu’aucune véritable raison ne justifie, se termineront par une séparation. Mais il ne faut pas s’y tromper. Ils sont unis par le combat pour le contrôle et la domination. Ils ne peuvent pas se permettre la faiblesse de céder la moindre chose.

Alberto Eiguer l’a exprimé en ces termes lors de l’AIPCF de Barcelone : « Être libre, c’est prendre ses décisions de façon indépendante et en assumer les conséquences : les succès ou les échecs, l’approbation ou la critique, l’encensement ou la honte et l’opprobre. Les individus se perpétuent donc dans la dépendance en vertu de deux comportements opposés :

  1. N’étant plus sûres de savoir créer un engagement sentimental durable et suffisant, certaines personnes essaient de contrôler l’autre et de le soumettre. Elles ne sont pas sûres d’elles-mêmes et craignent que, si l’autre devient trop indépendant, il finisse par ne plus la reconnaître en tant qu’individu, qu’il ne la respecte plus narcissiquement, en somme, qu’il ne l’aime plus ;
  2. D’autres personnes adoptent l’attitude opposée, la soumission, et acceptent sans réagir les vexations, même si tout cela leur fait mal et que leurs capacités personnelles de créativité s’en ressentent. Le sujet peut être d’accord, être le complice inconscient, souvent, du fonctionnement d’un lien dont il ne distingue pas les mécanismes et dont il ne craint pas les conséquences pour son intégrité.

Ces deux positions peuvent coexister chez une même personne ou alterner suivant les moments. Dominer et être dominé configure un ensemble interpersonnel. Tout attachement à l’autre implique, certes, une forme de dépendance mais il peut se traduire par des excès, comme dans le lien pervers. La domination sert ici à dénier sa propre dépendance de l’autre et à affirmer que c’est l’autre qui dépend entièrement et exclusivement du premier » (Eiguer, 2008).

Un aspect important de la dynamique du couple fonctionnant en collusion obsessionnelle concerne la relation avec les parents. Dans bien des cas, les parents du membre passif voudraient continuer à dominer ce dernier et n’acceptent pas qu’il échappe à leur contrôle. Le membre actif, lui, affronte les parents du membre passif et lutte contre eux, alors que ceux-ci cherchent à lui retirer l’emprise qu’il exerce sur son conjoint.

Conclusion

Dans la plupart des couples, l’amour est le sentiment prédominant, même si, dans certaines situations, la haine peut apparaître de façon modérée ou virulente. Nombreux sont les conjoints qui parviennent à contrôler cette émotion et peuvent réparer les dommages qu’ils se sont infligés. En revanche, pour d’autres, comme Ana et Miguel, la haine peut se structurer autour de collusions fondées sur la problématique domination-soumission. Chaque membre du lien conjugal a besoin de contrôler l’autre et est pris dans une toile d’araignée dont il ne peut s’échapper. Ils ne peuvent ni vivre ensemble ni se séparer.

En tant que cliniciens, nous savons très bien que nous n’obtiendrons aucun résultat positif en travaillant avec chacun des partenaires ou en nous concentrant sur la symptomatologie individuelle. Travailler la collusion, la dynamique projective-introjective, sera la seule façon d’aider des couples comme celui que nous avons présenté à surmonter une relation ambivalente qui ne les aide ni à s’épanouir, ni à progresser.

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Platon et l’égalité des chances entre l’homme et la femme



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Philosophie de la photographie

Philosophie de la photographie

La philosophie de la photographie explore la manière dont ce médium a influencé notre compréhension de l’image et du temps. Dans le contexte de l’évolution de la photographie, notamment avec l’avènement du numérique, plusieurs questions philosophiques se posent :

  • Nature de l’image : La photographie est souvent perçue comme une image, mais cette notion d’image a été redéfinie au fil du temps. Michel Poivert souligne que la photographie a contribué à déplacer le discours sur l’image d’un fait de conscience à un fait social, remettant en question ce que nous entendons par « image ».
  • Temporalité : La photographie ne se limite pas à un simple instantané ; elle interroge la notion même d’instant et son impact sur la vie humaine. Le concept d’instant photographique est central, car il ne représente pas seulement un arrêt du temps, mais une nouvelle façon d’envisager le temps dans la pensée philosophique.
  • Relation au langage : La photographie remet en question l’idée d’un décalque entre le réel et l’image. Elle est considérée comme un langage à part entière, capable de transmettre des significations et des émotions sans se limiter à une simple reproduction de la réalité.
  • Réalisme et perception : La question du réalisme est également cruciale. La photographie est souvent associée à une représentation fidèle du monde, mais cette vision peut être contestée, notamment par les approches qui soulignent le rôle de l’interprétation et de la subjectivité dans la perception des images.
  • Impact culturel et social : Enfin, la photographie est vue comme un artefact culturel qui a des implications sociales profondes. Elle ne se contente pas de représenter le monde, mais participe activement à la construction de notre réalité sociale et culturelle.

En somme, la philosophie de la photographie ouvre un champ de réflexion riche et complexe, interrogeant non seulement la nature de l’image, mais aussi son rôle dans notre compréhension du monde et de nous-mêmes.

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Café Progrès

Où allons-nous ? La question n’importe que si nous allons quelque part ! Nos vies empruntent des chemins, on les suppose poursuivant des buts qui leur donnent un sens. Car s’il n’en est rien, l’existence est absurde. L’enjeu : décider si nos vies sont des aventures insensées, sans projet auquel croire, sans espoir donc. Nous voulons justifier (en les stimulant) les efforts que chacun fournit pour avancer dans un monde mouvant.

Progresser, c’est avancer, ce qui peut s’entendre de deux façons.
La première est indéniable : science et technique changent le monde en avançant dans tous les sens, si inéluctablement qu’on suppose que ‘’tout ce qui est possible sera nécessairement fait’’.
La seconde est plus ambiguë, prétentieuse même : il s’agit de supposer que nous poursuivons une fin morale, qu’avancer c’est ‘’bien’’, et que régresser ou stagner c’est maaal !

L’histoire, suite d’évènement continuant un processus, est en marche : vers quoi ?
Les faits se suivent s’enchaînent comme s’il y avait un destin, donc l’histoire a un sens -mais qui nous racontera la suite, ou la fin de notre histoire ?
Le progrès se constate aisément, mais est-ce celui d’une mécanique insensée, soumise seulement à la force des choses ?

Guettés, menacés par la perte de sens, nous sommes navrés que science et morale n’aillent pas de pair. S’il y avait un progrès moral, il n’y aurait plus de torture, de viol, de génocides, de violences. L’histoire nous raconte comment de biens belles civilisations ont connu la fin de leur histoire. Leur écroulement est édifiant : il y a eu, il y a et il y aura des crises, des régressions, des retours à la misère, à la barbarie, et ces violences qui resurgissent inopinément interdisent de supposer que notre progrès est assuré : chaque pas risque la chute.


On a beau s’efforcer de construire, cheminer vers l’accomplissement d’un projet résolu, le moindre accident nous détournera de notre objectif.
Le bonheur est dans le pré : cours-y viiite ! Trop tard : le voilà traversé ou contourné, loin derrière, raté, révolu, perdu ! Tant d’efforts lui ont été consacrés en vain !? On s’y consacre, on le poursuit, et le voilà qui, tel une anguille, nous échappe encore et encore : à quoi bon s’acharner à comprendre, saisir ce qui nous glisse des mains ?

Trois progrès sont à distinguer : celui du marcheur se rapprochant de son objectif, celui de l’esprit du marcheur, évoluant à chaque nouveau pas et s’adaptant à son projet en cours, et le progrès du monde (on l’oublie trop facilement, ce réel qu’on perd en l’idéalisant : oui le monde change, et ça change tout). C’est déjà trop complexe pour notre marcheur devant à la fois se mouvoir et s’en donner les raisons, quand la raison même est en mouvement. Le plus simple est de se soumettre à un devoir, s’ordonner d’avancer, sans raison vérifiable : le marcheur avance à coups de bâtons, se courbe, chute parfois, se relève et stoïquement sourit, prétendant que ses chutes lui apprennent à marcher !

On rêve alors d’immobilisme, pour se reposer de toutes ces douloureuses gesticulations. Rien de plus stable que l’objet fixe, et rien de plus déséquilibré que le mouvement -surtout quand on n’a pas saisi le sens de la marche ! « L’unijambiste ne marche jamais au pas de l’oie, pas plus que le manchot ne fait le salut fasciste ». C’est un proverbe Suisse.

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Choix : pourquoi nous hésitons

Des petites décisions du quotidien aux grandes résolutions qui peuvent tout bouleverser, la vie n’est qu’une succession de choix à faire. Tant et si bien que, parfois, noyés sous des flots de possibilités, nous n’arrivons plus à savoir ce qui est bon ou pas pour nous…

Nature ou aux fruits ? Bio ou ordinaires ? Pack de deux, de quatre, de huit ? Lait de vache, de brebis, de soja ? Pots en verre, en terre cuite, en plastique ou en carton ? Aucune étude n’a encore comptabilisé le nombre de questions auxquelles notre cerveau doit répondre avant de donner l’ordre à notre main de se tendre, finalement, vers le pack de quatre yaourts bio à la framboise, en pots de verre. Ni combien de fois il doit recommencer l’exercice dans les autres rayons du magasin, jusqu’à remplissage complet d’un Caddie. Mais rien qu’en y pensant, nous comprenons mieux pourquoi il est parfois épuisant de faire les courses. Et pourquoi, certains matins, choisir comment nous allons nous habiller ou ce que nous allons manger au petit déjeuner semble un exploit insurmontable…

Nous passons notre vie entière à devoir décider. Sans arrêt. Depuis les yaourts jusqu’aux éléments majeurs de notre existence, comme la personne avec laquelle nous vivons, l’emploi que nous acceptons ou refusons, la conception d’un enfant, l’achat d’un logement remboursable sur quinze ou vingt-cinq ans, un engagement politique ou religieux… Et d’une foule d’autres choses plus ou moins importantes, mais souvent un peu inquiétantes : se faire vacciner ou pas, changer les enfants d’école, partir dans ce pays où la terre risque de trembler, accepter un devis, trouver un nouveau médecin, bousculer les convenances…

« J’ai choisi de quitter mon boulot et de changer de vie, raconte Élise, 38 ans. J’ai pris ces décisions importantes en y réfléchissant beaucoup, mais sans me sentir torturée. Seulement, le jour où il a fallu choisir un canapé pour mon nouvel appartement, j’ai complètement perdu pied. J’avais l’impression d’être incapable de savoir ce que je voulais, et même qui j’étais. Tout ça pour un canapé. »

Sans que nous comprenions toujours pourquoi, le choix devient parfois inextricable. Comme si la profusion et la liberté nous engloutissaient et nous faisaient perdre nos repères.

L’obligation d’être libre

« La grande nouveauté de notre temps, explique le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez,auteur notamment d’Antimanuel de psychologie (Bréal, 2009), c’est qu’au lieu d’hériter de notre identité, nous nous retrouvons sommés de la choisir. Ce choix est constant, intense et douloureux… » Pendant longtemps, les individus se sont conformés à un destin défini par leur naissance : classe sociale, métier transmis de père en fils, rôle prédéterminé en fonction de leur sexe, de leur place dans la famille, de leur religion… Chacun suivait les injonctions de la société, pour en assurer la cohésion et l’équilibre, sans qu’il ne soit jamais question d’un quelconque épanouissement individuel librement décidé.

Mais les révolutions et la démocratie sont passées par là. En décrétant la liberté et l’égalité, elles ont individualisé la société, et donné à chacun la responsabilité de son développement personnel et de son propre bonheur. Et la possibilité de choisir tout ce qui, jusqu’alors, lui était imposé. À nous, désormais, de trouver le moyen de devenir des êtres libres, épanouis, harmonieux, développés. Les témoignages des Berlinois de l’Est, projetés sans préparation dans la profusion de l’Ouest au moment de la chute du mur, le 9 novembre 1989, le montrent avec émotion : « Nous ne savions plus où donner de la tête, ni quoi faire de toutes les possibilités qui s’ouvraient à nous, se souvient Helmut, âgé d’une trentaine d’années à l’époque. Tous nos repères étaient changés. Il m’a fallu du temps pour décider ce qui était bon pour moi et ce qui ne l’était pas. C’est compliqué, la liberté, quand on n’a pas l’habitude. » « La liberté est devenue un devoir, pas seulement une possibilité, argumente la philosophe Michela Marzano, auteure notamment d’Extension du domaine de la manipulation, de l’entreprise à la vie privée (Grasset, 2008). Mais en devenant une contrainte, elle se vide de son sens ! »

Nous voilà donc, parfois, totalement dépassés par l’infinité des possibilités de choix qui s’off rent à nous, et l’écrasante responsabilité qu’elle fait peser sur nos épaules. Au point de ne plus pouvoir rien décider du tout. Et même de la voir parfois se transformer en aboulie : une maladie qui enferme ses victimes dans l’incapacité chronique de contacter leurs désirs et d’exprimer une volonté…

L’impression de jouer sa vie

Dès lors que nous « décidons » de continuer à vivre (premier choix d’entre tous…), nous n’avons, en réalité, pas d’autre possibilité que de choisir. « Choisir de ne pas choisir, c’est encore faire un choix », affirmait le philosophe et écrivain Jean-Paul Sartre (In L’existentialisme est un humanisme de Jean-Paul Sartre – Gallimard, “Folio essais”, 1996)…

Comment faire, alors, pour ne pas se perdre dans la jungle de nos libertés, et se décider en toute sérénité ? Choisir s’apprend, non seulement dans l’enfance, mais aussi tout au long de la vie. Puisque celle-ci n’est rien d’autre qu’une succession de choix à faire : études, métier, conjoint, lieu et mode de vie ; avoir des enfants ou pas, et comment les éduquer… Autant d’étapes qui signent notre avancée dans la vie adulte. Et qui, de fait, nous mettent souvent dans des situations angoissantes, où nous avons l’impression de jouer notre vie. Les cabinets des psys sont remplis de couples qui viennent demander de l’aide pour se « rechoisir » ou se « déchoisir » ; les coachs font fortune en proposant d’accompagner les plus perdus dans la création de leur propre identité, visuelle, corporelle ou professionnelle. Les spécialistes en relations humaines imaginent des « carrefours de carrière » et autres bilans de compétences, pour nous aider à savoir où nous en sommes et, surtout, vers où nous pouvons ou devons aller. En perdant de vue, souvent, la question centrale du choix identitaire : avant de trouver quoi choisir, peut-être faut-il savoir qui je suis et ce que je veux.

La perte de repères collectifs

« C’est le problème majeur des personnes que je reçois, assure Philippe Esnault, coach en ressources sociales. Elles cherchent avec insistance, et souvent dans un sentiment d’urgence, la “meilleure solution”. Elles veulent tailler l’arbre, sans tenir compte de la forêt à laquelle il appartient. Ni du terrain sur lequel il est enraciné, ni du temps qu’il lui a fallu et qu’il lui faut pour se développer… »

Serge Hefez le confirme, lui aussi : « C’est difficile de se dire que tout dépend de son moi. Surtout lorsque l’on se représente celui-ci comme libre des normes sociales, familiales, culturelles. Le mythe de l’individu moderne, c’est qu’il doit être libre de toutes ces contraintes. Mais c’est impossible. » C’est ce que le sociologue Alain Ehrenberg appelle joliment « la fatigue d’être soi » : aujourd’hui, en l’absence de toute règle établie, chaque individu dépense une énergie considérable à tenter de définir les siennes, qui pourraient lui redonner une consistance. Et à poser ses propres choix, puisque plus personne n’est là pour décider à sa place.

Coachs, psys, philosophes, sociologues, tous s’accordent sur un point : pour parvenir à choisir, il faut se brancher sur son désir. Retrouver le socle profond qui constitue nos fondations, au lieu de se perdre dans l’écume des envies, sans cesse agitée par les milliers d’informations paradoxales dont nous bombarde le quotidien, et le système de surconsommation qui nous enjoint de changer très vite et très souvent d’avis. C’est en rétablissant le contact avec ce désir profond, et en lui faisant confiance, que nous pouvons reprendre les rênes de notre destin, et être capables de faire des choix dans une relative sérénité. Sans oublier d’accepter, avec cette même confiance, que nos décisions peuvent ne pas être les bonnes. Et que la plupart d’entre elles ne sont pas vitales.

« Se tromper n’est pas gâcher sa vie, rappelle Serge Hefez. On a beau s’efforcer de faire le “meilleur” choix, la manière dont les liens amoureux, conjugaux, professionnels, sociaux se façonnent finit toujours par nous échapper. » Même si c’est difficile à admettre, il semble que la manière la plus sage de rendre nos choix moins douloureux soit d’accepter que, finalement, une grande partie de leurs conséquences nous échappe !

Un mécanisme complexe

Les recherches en sciences cognitives montrent que nous prenons toutes nos décisions en deux temps, que ce soit pour choisir le parfum d’une glace ou la personne avec qui faire des enfants. D’abord, nous examinons les options disponibles, ce qui nous permet d’éliminer, assez rapidement, de nombreuses possibilités. Ensuite, nous comparons les options restantes : c’est là que tout se complique. Plus le choix nous semble important, plus nous essayons de le rationaliser. C’est la fameuse méthode d’une colonne « pour », une colonne « contre ». Qui permet de considérer les choses avec clarté, mais pas de trancher ! Sans doute parce que, dans un choix, un certain nombre de facteurs échappent à la raison : peur du risque, besoin de certitude, crainte de se sentir enfermé, même dans un bon choix ! Quant aux décisions prises en groupe, on sait depuis longtemps qu’elles sont toujours plus extrêmes que lorsqu’elles sont prises individuellement : l’histoire en regorge de preuves…

Nos remerciements à Laurent Bègue, chercheur en psychologie sociale

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